Violences conjugales : quand le foyer devient un enfer pour les femmes

Par Bastien BONNEFOUS , le 28 février 2001 à 15h50 , mis à jour le 27 février 2001 à 16h15

Un rapport accablant est remis aujourd'hui à Bernard Kouchner, le ministre délégué à la Santé, sur les femmes battues dans leur foyer. Cette étude dénonce une situation terrible : sur Paris et sa proche banlieue, la moitié des femmes tuées depuis dix ans l'ont été par leur conjoint.

l © INTERNE

"Une femme meurt
de violences conjugales
tous les 5 jours".
Roger Henrion
responsable de l'étude.

Incroyable. Sur 652 femmes victimes d'homicides entre 1990 et 1999, sur Paris et sa proche banlieue, la moitié a été tuée par leur mari ou leur compagnon. Un chiffre terrifiant, révélé par un rapport sur les violences conjugales présenté aujourd'hui lors d'un colloque médical organisé par l'Institut de l'humanitaire.

"En France, une femme meurt de violences conjugales tous les cinq jours", explique à tf1.fr le professeur Roger Henrion, membre de l'Académie nationale de médecine et responsable de cette étude pour le ministère de la Santé. L'équipe du professeur a interrogé au hasard un échantillon de 7000 femmes, âgées de 20 à 59 ans, habitant la capitale et sa petite couronne. Il ressort que 10% d'entre elles ont subi des violences conjugales au cours des douze derniers mois. Insultes, harcèlement moral, agressions physiques, viols, la liste est longue de ces sévices commis dans l'intimité des couples.

Les conséquences sont à chaque fois dramatiques. Plusieurs femmes victimes souffrent de troubles émotionnels (dépression, boulimie, anorexie…), certaines, à bout de nerfs, se suicident. Et une partie meurt carrément sous les coups de leur conjoint. "Parmi les victimes présentées dans le rapport, 30 % ont été poignardées, 30 % ont été abattues par arme à feu, 20 % ont été étranglées et 10 % ont été rouées de coups jusqu'à la mort", précise le professeur Henrion.

Le profil de l'agresseur n'est pas toujours celui que l'on s'imagine. "Il s'agit en majorité d'hommes bénéficiant par leur fonction professionnelle d'un certain pouvoir. On remarque une proportion très importante de cadres (67%), de professionnels de la santé (25%) et de membres de la police ou de l'armée", commente Roger Henrion. Point commun entre tous : l'alcoolisme. Près de 85 à 95 % de ces agresseurs ont des problèmes de boisson.

Le médecin généraliste
joue un rôle clé 
dans le dépistage de ces violences.

Ces violences conjugales restent bien trop souvent taboues et franchissent peu les murs des domiciles familiaux. Mais quand les femmes parlent, elles s'adressent en premier lieu à leur médecin. "Ce dernier a un rôle clé dans le dépistage des violences, le recueil de l'histoire et la rédaction d'un certificat, pièce essentielle lors d'un dépôt d'une plainte", selon le professeur Henrion.
 
Mais le médecin est souvent pris en tenaille entre le secret médical et la non-assistance à personne en danger. "Je vois fréquemment défiler des patientes victimes de violences conjugales, environ deux ou trois par mois", reconnaît un médecin généraliste d'Aubervilliers (Seine – St-Denis) contacté par tf1.fr. "Elles se confient à moi, je leur délivre des certificats de coups et blessures et leur conseille de se rendre au commissariat ou aux urgences. Mais je ne peux pas me substituer à la justice ou aux travailleurs sociaux".

Dès aujourd'hui, un site Internet (www.sivic.org) est mis à la disposition des médecins pour se former à l'ensemble de ces problèmes. Et l'Institut de l'humanitaire souhaite qu'une vaste campagne de sensibilisation sur le sujet soit organisée auprès du grand public par le ministère de la Santé.

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Par Bastien BONNEFOUS le 28 février 2001 à 15:50
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