Des voyageurs bien encombrants

Par Franck LEFEBVRE , le 18 février 2001 à 21h32 , mis à jour le 17 février 2001 à 21h58

L'échouage, très probablement volontaire, d'un navire transportant des centaines de Kurdes sur les côtes françaises est une situation tout à fait inédite. Prise de court, la classe politique hésite. Certains à droite voudraient considérer ces 908 voyageurs comme des réfugiés à part entière ; l'extrême-droite vitupère ; la gauche plurielle observe un silence embarrassé.

naufrage var kurdes 11 © INTERNE


908 "réfugiés", dont 300 enfants -
Le débarquement samedi sur la Côte d'Azur de 908 réfugiés kurdes qui se trouvaient à bord d'un cargo volontairement échoué devant Saint Raphaël a provoqué un émoi certain à l'Elysée et au gouvernement, la gauche plurielle (PS, MDC, Verts, PRG) restant silencieuse. Candidat RPR à la mairie de Paris, Philippe Séguin a été le premier à réagir pour exprimer sa compassion envers ces naufragés. "Ces pauvres gens ont été victimes de négriers. Ils sont dans une situation catastrophique", a-t-il dit. Peu après, le président Jacques Chirac a exprimé la même émotion, en se déclarant dans un long communiqué "profondément scandalisé par cet événement sans précédent en France qui marque la plus totale absence de scrupule de ceux qui font commerce de la misère d'autrui". Le chef de l'Etat, qui se tient informé de l'évolution de la situation, a estimé en outre "indispensable que la communauté internationale se mobilise pour prévenir ce type de situation et en sanctionner les responsables".

Silence à gauche

Du côté du gouvernement, le ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant a fustigé "ces exploiteurs de la misère humaine que sont les passeurs" et la ministre de la Solidarité Elisabeth Guigou a dénoncé le "trafic organisé qui exploite la peur et le désarroi des gens". Depuis Cintegabelle, son fief électoral de Haute-Garonne, le Premier ministre Lionel Jospin a "suivi avec attention le dossier", selon son entourage, et s'est entretenu par téléphone à plusieurs reprises avec les ministres concernés dont Mme Guigou qu'il a dépêchée sur place dans l'après-midi. Par contre, les partis de la gauche plurielle sont restés silencieux.

L'extrême-droite crie à l'invasion


L'East Sea lors de son échouage
Au delà des mesures immédiates visant à assurer l'accueil de ces naufragés kurdes, se pose désormais pour le gouvernement la question de la situation juridique de ces personnes. Après avoir rencontré certains d'entre eux regroupés provisoirement à Fréjus, Mme Guigou a expliqué que "les procédures légales seront respectées et les situations examinées au cas par cas". Mais une chose est sûre : le sort de ces Kurdes va ranimer le débat sur l'immigration clandestine et prendre d'autant plus d'ampleur que les échéances municipales sont toutes proches. Certains ont déjà exprimé la crainte que ce type d'événement, jusqu'alors inconnu en France, soit "un précédent", selon les termes du président du Rassemblement pour la France Charles Pasqua. Jusqu'à présent, c'était l'Italie et la Grande-Bretagne qui étaient régulièrement confrontées à ce type de situation. Charles Pasqua a d’ailleurs demandé que els passagers qu'ils soient "rapatriés" dans leur pays, en soulignant qu'il s'agissait de réfugiés économiques et non politiques. Très virulents, le président du FN Jean-Marie Le Pen et celui du MNR Bruno Mégret ont crié à "l'invasion" et demandé l'un et l'autre leur renvoi.

(Photo d'ouverture : les passagers de l'East Sea faisant leur entrée dans le
camp du
21ème régiment d'infanterie de marine de Fréjus)

Par Franck LEFEBVRE le 18 février 2001 à 21:32
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