L'Aïd-el-Kébir gâché par l'épizootie de fièvre aphteuse

Par Bastien BONNEFOUS , le 02 mars 2001 à 19h30 , mis à jour le 01 mars 2001 à 19h54

La fête musulmane de l'Aïd-el-Kébir, prévue pour lundi et pendant laquelle des moutons sont traditionnellement sacrifiés, risque d'être remise en question par l'épizootie de fièvre aphteuse britannique. Les musulmans de France ne pourront pas tous être servis en raison d'une pénurie de bêtes. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris répond aux questions de tf1.fr.

[Expiré] [Expiré] Dalil Boubakeur recteur de la mosquée de Paris AFP © AFP

La crise de la fièvre aphteuse risque de gâcher la fête musulmane de l'Aïd-el-Kébir prévue dans trois jours. Lundi, les 4 millions de musulmans de France devaient sacrifier rituellement quelque 100 000 moutons. Mais par mesure de précautions, le ministre de l'Agriculture Jean Glavany a ordonné l'abattage de tous les moutons importés de Grande-Bretagne et de tous ceux ayant été en contact avec des ovins britanniques. Soit un total de 50 000 têtes de bétail. Jeudi soir, le ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant a reçu les représentants du culte musulman sur le territoire pour organiser l'événement.

Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, revient sur cette entrevue pour tf1.fr.

Tf1.fr : Quelles décisions ont été prises à l'issue de l'entretien avec le ministre de l'Intérieur ?

"Ceux qui ont
déjà versé
un acompte devront
peut-être être
dédommagés
par les pouvoirs
publics"

Dalil Boubakeur : La solution qui a été retenue est une solution de sagesse. L'Aïd-el-Kébir aura bien lieu, l'abattage sera autorisé mais restreint en raison d'une forte pénurie de moutons. 50 000 bêtes ont été brûlées sur un total de 120 000. Donc tout le monde ne pourra pas être servi.

Tf1.fr : Que conseillez-vous à vos fidèles ?

D. B. : Je leur conseille d'être modérés et de respecter les règles sanitaires édictées. Il faut absolument éviter que certains fassent appel à des filières non officielles ou à un abattage clandestin. Ce serait dangereux pour eux d'abord, mais aussi pour la propagation de l'épizootie sur le territoire français.

Tf1.fr : Jusqu'à présent, comment réagissent les musulmans qui viennent vous voir ?

D. B. : Ceux qui n'avaient pas encore acheté de moutons en prennent leur parti. En revanche, ceux qui ont déjà versé un acompte et réservé une bête sont beaucoup plus inquiets. Ils ne savent pas s'ils pourront être servis et craignent que la bête qu'ils ont payée ne fasse partie de celles à abattre. Au cas où ils ne puissent être servis, il faudra peut-être envisager un dédommagement par les pouvoirs publics.

Tf1.fr : La fête va être gâchée ?

D. B. : Forcément. La fête va être moins libre, plus réservée et plus austère. L'abattage est une tradition mais nous sommes en face d'un cas de force majeure. Je tiens surtout à préciser aux fidèles qui n'auront pu sacrifier un mouton qu'ils ne sont pas pour autant de mauvais musulmans.

Tf1.fr : Faute de mouton, peut-on sacrifier un autre animal ?

D. B. : Pour nous, les théologiens de la Mosquée de Paris, on ne peut sacrifier que le mouton. La tradition veut que l'on offre le tiers du mouton aux pauvres. Je conseille donc aux familles qui n'auront pas pu sacrifier de mouton d'offrir l'équivalent du tiers en argent aux organisations charitatives musulmanes.

Par Bastien BONNEFOUS le 02 mars 2001 à 19:30
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