© INTERNEIl n'a pas encore ouvert la bouche et pourtant, on lui a déjà prêté tous les rôles possibles et inimaginables. A commencer par celui de personnage de roman. D'espionnage bien sûr. Celui du démiurge tirant dans l'ombre les ficelles et manipulant hommes comme femmes, réincarnés en Mata Hari modernes.
Celui du puissant craint plus encore par ses silences que par ses accusations et qui peut, s'il le veut, "faire sauter vingt fois la République". Mazette… Celui du patriote, libre de ses propos, qui n'a peur de rien ni personne, mais n'agira jamais, ô grand jamais, contre les intérêts supérieurs de son pays.
Sirvan ? Sirvène ? Non, Sirvin
Pourtant, à regarder cet homme de 74 ans, on imagine un papy débonnaire et joufflu, aux cheveux poivre et sel et à l'accent rocailleux du sud-ouest toulousain. Un homme dont il y a trois semaines encore, personne ne savait comment prononcer son nom. Sirvan ? Sirvène ? Non, Sirvin. Un homme dont il y a cinq semaines encore, personne n'imaginait qu'il puisse sortir de sa boîte, après trois ans de cavale.
Son parcours judiciaire confirme en tout cas son statut de prévenu hors normes. Le premier mandat d'arrêt à son encontre date de mai 1997 mais il n'est diffusé qu'en janvier 1999. Riche, très riche, l'insaisissable Alfred Sirven suscite des doutes de toutes sortes, notamment sur d'hypothétiques protections. Certains le donnent même pour mort, trop contents peut-être qu'il se taise pour toujours et à jamais.
Mais en 1999, ce sont des journalistes et non des policiers qui le retrouvent les premiers. Et lorsqu'il est arrêté à Manille le 2 février dernier, il est réclamé par les Allemands avant d'être accueilli en France avec une escorte digne d'un chef d'Etat.
Fantasmes, peurs et excitations
Puis, on dévoile dans la presse le contenu de son carnet d'adresses. Les uns respirent de ne pas y figurer, les autres s'indignent qu'on y voit un quelconque sens. Enfin, le 7 février, il entre dans la salle d'audience pour que le tribunal de Paris constate sa présence. Applaudissements du côté des proches de Christine Deviers-Joncour, accueil chaleureux de ceux qui, la veille, l'accusaient encore de tous les maux qu'on leur reprochait, zizanie des juges qui se disputent la primeur de ses prétendues révélations.
Qui est Alfred Sirven ? Né à Toulouse en 1927, résistant à 17 ans, soldat en Corée, braqueur de banque au Japon dans les années cinquante. Etudes de droit et longue carrière dans les ressources humaines (Mobil Oil, Moulinex puis Rhône-Poulenc avec Loïk Le Floch-Prigent). Le même Le Floch qui le fait venir à Elf en 1989. Après, black-out. Sirven, discret, déménage à Genève et définit lui-même ses activités professionnelles.
Lundi, il entrera dans le prétoire. Porteur des fantasmes, des peurs et des excitations qu'il traîne derrière lui depuis tant d'années. Mais d'une seule question : quelle sera sa stratégie de défense ?
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