L'ambiguïté du statut présidentiel

Par Philippe MATHON , le 28 mars 2001 à 19h01 , mis à jour le 28 mars 2001 à 20h36

La convocation de Jacques Chirac par le juge Halphen divise les constitutionnalistes et professeurs de science politique. Illustration : les points de vue divergents de Dominique Chagnollaud et Louis Favoreu. (Papier mis en ligne le 28/03/2001).

Chirac à BioVision © INTERNE

POUR la convocation de Jacques Chirac par le juge Halphen : Dominique Chagnollaud, professeur de science politique à l'Université Panthéon-Assas (Paris II).

tf1.fr :


Dominique Chagnollaud,
professeur de science politique
-
Que pensez-vous des arguments développés par le chef de l'Etat pour justifier son refus d'honorer la convocation du juge ?

Dominique Chagnollaud : Ses arguments ne sont pas susceptibles de contrarier l'action du juge Halphen.

tf1.fr : N'y-a-t-il pas une atteinte au sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs ?

D.C : Non. Le principe n'est pas en cause puisqu'il s'agit de la convocation d'un ancien responsable municipal (NDLR : Jacques Chirac était maire de Paris à l'époque des faits) et non pas d'une convocation du chef de l'Etat. Aucun obstacle, donc, à la séparation des pouvoirs.

tf1.fr : Le chef de l'Etat invoque également le principe de la continuité de l'Etat

D.C : Là encore, cela ne tient pas. L'Etat continue de toute façon. La Constitution prévoit des dispositions qui permettent d'assurer cette continuité si le chef de l'Etat n'était pas en mesure de le faire (suppléance en Conseil des ministres, empêchement provisoire ou définitif du président, intérim).

 

CONTRE la convocation de Jacques Chirac par le juge Halphen : Louis Favoreu, professeur de Droit Constitutionnel à l'Université d'Aix-Marseille III et co-directeur de la Revue Française de Droit Constitutionnel.


Louis Favoreu,
professeur de Droit constitutionnel
-
tf1.fr : Que pensez-vous de la convocation du chef de l'Etat par le juge Halphen ?

Louis Favoreu : La décision du Conseil Constitutionnel du 22 janvier 1999 rend impossible toute convocation du président de la République par un juge. Même si l'acte qu'on lui reproche est antérieur à son exercice présidentiel, on touche au Président dans l'exercice de ses mandats. Cela n'est pas possible. Il faudra attendre la fin de son mandat ou saisir la Haute Cour de Justice.

tf1.fr : La convocation du juge Halphen porte-t-elle atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, comme le pense l'Elysée ?

L.F : Le Président a tout à fait raison. C'est une atteinte grave au principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs. Quelqu'un l'avait déjà dit avant lui, c'était Michel Charasse, l'ancien ministre socialiste qui a refusé de déferrer à une convocation du juge en évoquant ce principe.

Imaginez : le président est convoqué à Nanterre lundi. Quinze jours plus tard à Dijon, puis à Grasse… Ca vous paraît normal ? Le président n'est pas un citoyen comme les autres !

tf1.fr : Le chef de l'Etat peut-il invoquer également le principe de la continuité de l'Etat ?

L.F : Absolument !Imaginez que Jacques Chirac doive se rendre à Tokyo pour un sommet et, qu'au même moment, un juge le convoque à Carpentras. Ce n'est pas concevable !

tf1.fr : Pourtant, la Constitution prévoit des cas d'empêchement du Président de la République…

L.F : Mais pas dans ces circonstances ! Vous croyez que le général de Gaulle a pensé à ces cas-là au moment de bâtir notre Constitution ? Ce n'est pas sérieux : l'empêchement, c'est la maladie. C'est également quand le Général, en voyage au Mexique, demande à Pompidou de présider le Conseil des ministres à sa place. C'est cela, l'empêchement, et pas autre chose.

Par Philippe MATHON le 28 mars 2001 à 19:01
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