L'enquête sur le massacre de l'Ordre du Temple solaire rebondit

Par Bastien BONNEFOUS , le 07 mars 2001 à 11h44 , mis à jour le 07 mars 2001 à 12h21

Une nouvelle expertise relance la thèse d'une mise en scène macabre dans le "suicide" de seize membres de l'Ordre du Temple solaire en décembre 1995 dans le Vercors. Les seize victimes, dont trois enfants, auraient pu être assassinées par des tueurs extérieurs à la secte.

ots © INTERNE

En décembre 1995, dans une clairière d'une forêt du Vercors, les gendarmes retrouvent plusieurs cadavres carbonisés et disposés en cercle. Tous sont ceux d'adeptes de l'Ordre du Temple solaire (OTS), un groupe néo-templier fondé en 1984 à Genève par un certain Luc Jouret, médecin. En fait, l'OTS est une secte qui appelle, selon son credo, au renouveau d'un "ordre chevaleresque mystique et authentique".

Dès les premières expertises, la thèse du suicide collectif ne tient pas. Les gendarmes découvrent en réalité que les adeptes ne sont pas morts brûlés dans la clairière mais abattus d'une balle de revolver chacun. Après quatre années d'instruction, en juillet 2000, le juge Luc Fontaine avance officiellement la thèse d'un assassinat collectif. Selon l'instruction, deux des victimes auraient tué les quatorze autres, avant de mettre le feu aux cadavres et de se suicider.

Une quantité très importante de phosphore

Une nouvelle expertise, réalisée en décembre 2000 et révélée ce matin par France-Inter, semble apporter des précisions supplémentaires sur le déroulé du drame. Le professeur Gilbert Lavoué, spécialiste de la carbonisation des corps gras et dépêché par plusieurs familles de victimes, a analysé la terre en profondeur sur la zone brûlée dans la clairière, soit un petit cercle de quelques mètres de diamètre à peine. Sur cette surface réduite, il a relevé une quantité très importante de phosphore, beaucoup plus élevée que sur le reste de la zone alentour.

A coup sûr, ce phosphore provient en partie de la combustion des squelettes et des arbres. Mais selon le professeur, la présence de ce produit chimique s'expliquerait par l'usage d'une bombe incendiaire au phosphore ou d'un engin explosif phosphoré dispersé sur les corps pour accélérer leur combustion. Le phosphore est une substance que seuls des spécialistes de l'armement peuvent en théorie se procurer.

L'hypothèse d'une bande organisée

Cette hypothèse grave relance la thèse d'un assassinat non pas en vase clos, comme le pense le juge Fontaine, mais par une bande criminelle organisée et extérieure à la secte. Le 17 avril prochain, aura lieu à Grenoble le procès du seul accusé dans le drame de l'OTS, le chef d'orchestre Michel Tabachnik, jugé pour "participation à une association de malfaiteurs" en tant qu'ancien membre actif de la secte. Ce procès pourrait être l'occasion d'en savoir plus sur les circonstances exactes du drame du Vercors en 1995.

Par Bastien BONNEFOUS le 07 mars 2001 à 11:44
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