© AFPLa barbe de trois jours, les cheveux gras, la vieille chemise bleue ouverte sur un torse vieillissant, la gitane se consumant en permanence… Voilà Gainsbarre, l'homme qui disait "I want to fuck you" à Whitney Houston, qui brûlait les billets de 500 francs devant les caméras, qui offrait un spectacle misérable et outrancier à des médias qui en redemandaient à chaque fois. Voilà surtout la figure qui a fini par s'incruster dans l'imaginaire français, au point d'en faire oublier l'homme qui se cachait derrière. Comme si, le 2 mars 1991, deux hommes distincts s'étaient éteints : le provocateur désabusé et le compositeur qui a laissé une trace indélébile dans le paysage de la musique française.
Toujours moderne, toujours actuel
Dix ans après, le sale boulot est fait. On a creusé sous la croûte Gainsbarre pour mieux faire ressortir Gainsbourg, on a jeté la marionnette et ressorti les chansons. Le dépoussiérage est passé par l'étranger, plus précisément par la Grande-Bretagne, où Gainsbourg a cessé depuis quelques années d'être le "vieux pervers" qui avait écrit le provocant Je t'aime moi non plus (la seule chanson de Gainsbourg à avoir percé à l'étranger). Il est reconnu par toute une frange de la scène musicale anglo-saxonne comme un compositeur hors pair, un précurseur, qui avait su (avec Bonnie & Clyde ou surtout L'histoire de Melody Nelson) travailler le son et les rythmes comme personne. Aujourd'hui, de Mirwaïs à MC Solaar, en passant par les rappeurs américains de De La Soul, on ne compte plus les artistes à lui avoir emprunté des rythmiques, des nappes de violons, des boucles qui sonnent toujours terriblement modernes.
Réécouter tous les Gainsbourg
En France, on a oublié les chansons faciles de sa dernière période, les You're under Arrest et autres Love on the beat, et l'on commence à reconsidérer l'intense Histoire de Melody Nelson, œuvre majeure autour d'une Lolita à vélo, qui fit un flop à sa sortie, en 1971. Et l'on réécoute tous les Gainsbourg, le petit pianiste rive gauche (Le poinçonneur des Lilas), le yéyé d'un temps (Poupée de cire, poupée de son, pour France Gall) le Pygmalion qui a fait chanter les plus belles femmes de son époque (Je t'aime moi non plus, La décadence, Pull marine), le provocateur (sa Marseilleise en jamaïcain) et, quelle que soit l'époque, le magicien des mots, le grand poète, qui a redonné musicalité à la langue française. Il y a eu tant de Gainsbourg voilés par Gainsbarre. Il est temps de tous les réécouter.
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