Jospin tire les leçons des municipales

Par Philippe MATHON , le 19 mars 2001 à 19h07 , mis à jour le 19 mars 2001 à 19h27

Confronté à des résultats très décevants en province, le Premier ministre multiplie les initiatives et bat le rappel de ses ministres. Il leur demande de respecter le principe de non-cumul des mandats et les invite à un séminaire afin d'"examiner les priorités de la politique gouvernementale pour les prochains mois"…

[Expiré] [Expiré] jospin geste © AFP

"Amusez-vous bien, et nous, demain, au boulot !" Lionel Jospin pourrait faire sienne la phrase de Bertrand Delanoë adressée dimanche soir aux Parisiens sur le parvis de l'Hôtel de Ville.

Strasbourg, Nîmes, Blois, Orléans, Châteauroux, Tarbes, Chartres, Castres, Rouen Montauban, Roanne, Vienne, Quimper, Lisieux, Cahors… La liste des villes qui ont basculé à droite est bien longue. Le message lancé dimanche par les électeurs sonne comme un avertissement avant 2002 : les Français placent aujourd'hui la proximité et la disponibilité comme les vertus indispensables de tout maire.

Dès lors, la présence de nombreux ministres ou secrétaires d'Etat au cours du scrutin a semé le doute dans les esprits : une fois élu, le ministre restera-t-il maire ? Se consacrera-t-il davantage à son travail gouvernemental ? Dans le doute, ne vaut-il pas mieux élire un candidat dépourvu de responsabilités nationales ? En privilégiant l'implantation locale à toute autre vertu, les électeurs ont tranché. Et Lionel Jospin a aussitôt réagi, en recevant lundi l'ensemble des intéressés. Son message : tous doivent désormais choisir - dans un délai de deux à trois semaines - entre leur portefeuille ministériel et leurs fonctions de maire. D'après une indiscrétion, la plupart d'entre eux auraient choisi de conserver leur poste ministériel. C'est le cas du secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Christian Paul, qui a renoncé à la mairie de Lormes, ville dont il était maire depuis 1995.

Les revirements de Jospin

La règle du non cumul concerne Alain Richard (Défense), Daniel Vaillant (Intérieur), Michel Sapin (Fonction publique), Roger-Gérard Schwartzenberg (Recherche), Claude Bartolone (Ville), Jean-Jack Queyranne (relations avec le Parlement), Dominique Gillot (Handicapés), Louis Besson (Logement), François Huwart (Commerce extérieur), Marylise Lebranchu (Justice), Christian Pierret (Industrie), Christian Paul (Outre-mer) et François Patriat (Commerce et artisanat).

Le principe, édicté par Lionel Jospin en 1997, avait aussitôt connu quelques exceptions avec Daniel Vaillant, maire du XVIIIe arrondissement de Paris, et Jacques Dondoux, maire de Saint-Agrève (Ardèche). Depuis, à la faveur des remaniements, certains ministres n'avaient pas été contraints de quitter leur poste de maire comme MM. Sapin, Paul et Patriat.

Mettre le gouvernement en ordre de bataille

Le 19 octobre 2000 sur TF1, encore, M. Jospin avait assoupli cette règle en faisant valoir que les "doctrines sont faites pour ne pas être dogmatiquement appliquées". Problème : dimanche, ceux là même, qui à l'instar d'Elisabeth Guigou à Avignon, avaient affiché leur volonté de mener de front leurs fonctions ministérielles et celles de maire en cas de victoire, ont été sévèrement défaits. Les déconvenues de Pierre Moscovici (Montbéliard), Jean-Claude Gayssot (Béziers) et de Jack Lang (Blois) peuvent expliquer ce nouveau revirement du Premier ministre.

Visiblement, Lionel Jospin est décidé à soumettre son gouvernement à un régime draconien. Outre, donc, le strict respect de la règle du non-cumul, Lionel Jospin a fait annoncer par son entourage qu'il réunira son équipe en séminaire les jeudi 29 et samedi 31 mars pour "examiner les priorités de la politique gouvernementale pour les prochains mois". Une mise au vert naturellement destinée à mettre ses troupes en ordre de bataille avant la présidentielle et les législatives de 2002.

Les élections municipales, bien loin d'avoir livré la "vague rose" annoncée, ont réussi à perturber la confiance du Premier ministre. Le dernier séminaire gouvernemental remonte au mois de septembre 1999. Il y a plus de 18 mois. C'est dire si à Matignon on prend la situation très au sérieux.

Par Philippe MATHON le 19 mars 2001 à 19:07
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