Les magistrats claquent la porte de Matignon

Par , le 09 mars 2001 à 21h03 , mis à jour le 08 mars 2001 à 21h33

Les magistrats, qui manifestaient pour la deuxième fois à Paris, ont refusé de rencontrer hier après-midi les deux conseillers juridiques de Lionel Jospin. Ils souhaitaient être reçus en personne par le Premier ministre. Les magistrats réclament une remise à plat du système judiciaire.

[Expiré] [Expiré] grève des avocats © AFP

Les magistrats sont excédés. Excédés de ne pas avoir suffisamment de moyens pour rendre une justice de qualité. Excédés de ne pas se sentir écoutés. Excédés d'être un des pays d'Europe bénéficiant du budjet Justice le plus faible. Ils réclament de nouveaux Etats généraux, une remise à plat du système judiciaire. Fait d’exception, pour la deuxième fois en deux mois les magistrats des ordres judiciaire, financier et administratif, soutenus par les avocats, sont descendus dans la rue pour une journée d'action nationale. Ils étaient plus de 800 rassemblés symboliquement devant l’Hôtel Matignon hier après-midi. Robes noires et robes rouges entendaient ainsi montrer leur grogne à Marylise Lebranchu, qui ne les avait pas reçus lors de leur précédente manifestation. Objectif de la manifestation d'hier : obtenir une entrevue avec le Premier ministre ou son directeur de cabinet.


des robes noires manifestants-
A 16 heures, une délégation de magistrats était enfin reçue, mais elle est repartie au bout de cinq minutes, refusant de s'entretenir seulement avec les deux conseillers de Lionel Jospin chargés de la Justice. "Nous espérions que les pouvoirs publics auraient pris la mesure de l'événement" qu'est la manifestation des magistrats aux abords de Matignon, a commenté Valéry Turcey, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire). En quittant Matignon, la présidente du Syndicat de la magistrature (SM) Evelyne Sire-Marin a expliqué que cela aurait été "symbolique que le Premier ministre les reçoive, ne serait-ce que quelques minutes". "C'est un problème de société. Il faut que la justice ait les moyens de fonctionner", a insisté une membre de la délégation, en confiant que les fonctionnaires de justice n'en "pouvaient plus".

Après cet épisode décevant, la manifestation de magistrats a tenté de se diriger vers l'Assemblée nationale, avant d'être bloquée quelques centaines de mètres plus loin, boulevard Raspail, par les CRS. Mis à part quelques slogans lancés comme "Police partout, justice nulle part", le face à face entre magistrats et policiers s'est fait dans le calme.

Les tentatives de conciliation de Marylise Lebranchu
 

Marylise Lebranchu-
La garde des Sceaux avait tenté jusqu’au dernier moment de justifier sa politique. Mercredi, dans un courrier envoyé à l’ensemble des magistrats français, elle a défendu le bilan du gouvernement et rappelé les efforts budgétaires en faveur de la Justice depuis 1997, qui auront notamment pour effet d'augmenter de 10% le nombre des magistrats. "Malgré ces moyens accrus, je sais que beaucoup d'entre vous ressentent un sentiment de morosité, voire de découragement", admettait cependant Marylise Lebranchu dans cette missive, en considérant "qu'une réflexion profonde doit être engagée sans attendre sur l'organisation et le fonctionnement de l'institution judiciaire". Une réflexion qui, précisait-elle, doit s'inscrire "désormais dans une démarche de qualité et non pas seulement dans une logique de productivité". Mais jeudi , devant l’inefficacité de cette tentative pour amadouer les magistrats, Marylise Lebranchu a changé de tactique : "Choisir de faire une manifestation 48 heures avant une échéance électorale, c'est extrêmement surprenant. Les grands syndicats n'ont jamais fait cela", a-t-elle déclaré à la radio BFM. Avant de glisser : "C'est un peu le pacte républicain qui est cisaillé".
Par Alexandra Guillet le 09 mars 2001 à 21:03
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