© INTERNETout s'est terminé le 26 mars 1998, peu avant 13 heures, place Blanche, dans le IXe arrondissement de Paris. Deux inspecteurs de la deuxième division de la police judiciaire plaquent un homme au sol, en pleine rue. Celui-ci, pris par surprise, ne se débat pas, il répète seulement plusieurs fois "J'ai rien fait, j'ai rien fait". L'homme interpellé est Guy Georges, le présumé "tueur de l'Est parisien". Il est soupçonné d'avoir assassiné sept femmes et d'en avoir agressé avec arme quatre autres entre 1991 et 1997. Son arrestation a duré moins de trente secondes pour une traque longue de quatre ans.
Depuis le lundi 19 mars, devant la cour d'assises de Paris, trois ans presque jour pour jour après son arrestation, Guy Georges fait face aux familles des victimes dans un procès éprouvant qui devrait durer deux semaines. Deux semaines pour comprendre comment cet homme de 38 ans, qui n'est pas fou – des tests psychologiques ont prouvé sa lucidité et mesuré un QI normal de 101 -, est devenu un tueur froid et minutieux, qui a violé et égorgé pendant six ans sans jamais se faire prendre.
Enfant de l'Assistance
Guy Georges est né le 25 octobre 1962 de père inconnu et d'une Angevine entraîneuse dans les bars. Abandonné à l'âge de cinq mois à peine, il est confié à la Ddass puis placé chez une famille du Maine-et-Loire, les Morin. A 15 ans, il tente d'étrangler deux sœurs élevées avec lui. Les Morin le renvoient dans un centre spécialisé. Commencent alors pour lui plusieurs mois d'errance de foyer en foyer, ponctués de vols et de petits délits. Alors qu'il n'est pas encore majeur, il est condamné en mai 1980 à un an de prison pour quatre agressions sur des femmes.
En 1984 à Nancy, il récidive et à la clef, dix ans de réclusion pour viol commis sous la menace d'une arme. Profitant d'un régime de semi-liberté, il s'évapore dans la nature en 1991. Auparavant, il est soupçonné d'avoir violé et laissé pour morte une femme enceinte, à Paris en 1981. Cette victime, qui ne peut plus désormais poursuivre Guy Georges en raison de la prescription des faits, a obtenu en février dernier 800.000 francs de dommages et intérêts du tribunal de Paris.
Les "flashs" de "Joe le Killer"
C'est en 1991 que commence la série d'assassinats et d'agressions pour laquelle Guy Georges est jugé depuis le 19 mars. A l'époque, il est "Joe", un paumé qui dort dans des squats de l'est de Paris, collectionne les petites amies et passe ses nuits à errer dans les rues de la capitale. Il boit, fume du hasch et s'amuse avec ces compagnons de "zone" qui le trouvent tous sympathique. Et il tue. A sept reprises jusqu'en 1997 : Pascale, Catherine, Elsa, Agnès, Hélène, Magali, Estelle. La victime est toujours une jeune femme belle, qui dégage une impression d'assurance et de bonheur. Guy Georges "flashe" sur elle dans la rue ou dans un café, et la "traque" commence. Il est capable de la suivre pendant un long moment avant de l'attaquer, ou au contraire de lui sauter dessus immédiatement. L'agression a lieu dans des parkings ou dans les immeubles des victimes. Armé d'un couteau - un Opinel -, il les ligote et les bâillonne avec du chatterton. Il signe son crime en tranchant les vêtements et sous-vêtements des jeunes femmes. Puis il les viole et les égorge, avant de s'enfuir avec leur argent ou de menus objets de valeur.
Désormais, il nie
Longtemps, le présumé tueur de l'Est parisien s'est cru intouchable. Il avait de quoi. Sur les quatre-vingt six mois écoulés entre le premier meurtre et son arrestation, Guy Georges en a passé cinquante-cinq en prison pour divers vols et violences. Jamais, la justice n'a fait le rapprochement entre lui et le tueur, malgré un portrait-robot, certes peu ressemblant, établi par une rescapée et placardé partout. Malgré un prélèvement ADN auquel il se prête en 1995 dans le cadre de l'enquête sur une des jeunes femmes tuées. Sans résultat. Ce n'est finalement que le 23 mars 1998 que les biologistes du laboratoire d'analyses scientifiques de Nantes, après des mois de comparaisons manuelles d'échantillons d'ADN (le Fichier automatisé des empreintes génétiques n'existant pas encore à l'époque), identifient le tueur. La cavale du "prédateur urbain" est finie.
Guy Georges, placé à l'isolement dans la maison d'arrêt de la Santé depuis sa tentative d'évasion en décembre, nie désormais les faits qui lui sont reprochés. Lundi 19 mars, il n'a prononcé que quelques mots parmi lesquels : "Je voudrais dire que je n'ai rien à voir avec les faits qui me sont reprochés". Pendant son procès, il pourrait même afficher un système de défense rocambolesque : depuis plusieurs mois, il affirme qu'on cherche à le faire tomber car il possèderait des documents secrets compromettants concernant la mort de l'ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy.
Guy Georges risque la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'un peine de sûreté de 22 ans.
Photo d'ouverture : Guy Georges à son arrivée lundi matin au tribunal,
souriant, tee-shirt vert et gilet gris.
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