Paris et Lyon sauvent la gauche

Par Philippe MATHON , le 19 mars 2001 à 13h10 , mis à jour le 19 mars 2001 à 13h27

Historique : la gauche a remporté dimanche les batailles de Paris et Lyon, deux villes où la droite arrive pourtant en tête au nombre des voix. Le verdict des capitales laisse maintenant la place aux échéances majeures de 2002, les élections présidentielles et législatives.

[Expiré] [Expiré] Collomb et Delanoe © AFP

Des arbres qui cachent la forêt. En l'occurrence, un baobab et un séquoia : le basculement à gauche de Paris et Lyon occulte substantiellement les bons résultats obtenus par la droite en province.

Dans la capitale, la droite, légèrement majoritaire en voix (50,4% contre 49,6%), se retrouve minoritaire en sièges au conseil municipal, en raison du mode de scrutin par arrondissement. Résultat : Bertrand Delanoë et ses alliés pourront compter sur une majorité confortable au Conseil de Paris avec 92 sièges (63 en 1995), contre 71 (100 en 1995) à la droite. Outre la conservation des six arrondissements acquis en 1995 (les IIIe, Xe, XIe, XVIIIe, XIXe et XXe) s'ajoutent la conquête de six nouveaux (IIe, IVe, IXe, XIIe, XIIIe et XIVe).

Un Conseil de Paris hétéroclite

Prélude à d'éventuels points de frictions, le caractère très hétérogène de la nouvelle majorité municipale. Quarante-neuf élus socialistes, 23 Verts, 11 communistes, 7 chevènementistes et 2 radicaux de gauche. La place des Verts au sein de l'équipe Delanoë sera observée à la loupe. Leur leader, Yves Contassot a affiché dès lundi matin ses prétentions, en affirmant qu'"immédiatement ou dans quelque temps, il faudra rééquilibrer" et faire en sorte que "les Verts aient toute leur place".

En face, c'est le flottement. Qui incarnera l'opposition municipale ? Philippe Séguin, nouveau conseiller de Paris, ou Jean Tiberi ? L'ancien maire, qui compte 12 élus fidèles, pourrait grignoter quelques soutiens parmi les 55 élus des listes séguinistes ou des 4 divers-droite.

On le voit, même si l'identité du nouveau maire ne fait plus aucun doute, la gestion au quotidien dans la capitale promet quelques belles passes d'armes.

Lyon la bourgeoise bascule aussi

Dimanche soir, la capitale des Gaules a également eu rendez-vous avec l'Histoire. Pour la première fois depuis près d'un siècle, Lyon a basculé à gauche avec Gérard Collomb, le candidat de la gauche plurielle. Sénateur PS, il devient le premier maire de gauche depuis Edouard Herriot, élu en 1905. Une victoire acquise après trois tentatives infructueuses.

Gérard Collomb était arrivé en tête du premier tour dans sept des neuf arrondissements de la ville, avec un total de 32,96% des suffrages. Au second tour, le dépouillement a donné 42 des 73 sièges de conseillers aux listes du sénateur socialiste, contre 31 à la droite. Officiellement, les listes Collomb ont obtenu 48,56% des suffrages (67.097 voix). Les listes de droite conduites par le député RPR Jean-Michel Dubernard et l'ex-UDF Charles Millon ont enregistré un meilleur score (50,29% pour un total de 69.487 voix) mais, comme à Paris, la répartition des sièges, arrondissement par arrondissement, a donné la victoire au candidat de gauche, vainqueur dans six des neuf arrondissements de la ville. Derrière, M. Millon sera majoritaire au conseil municipal avec 21 représentants contre 10 à M. Dubernard. Le FN (liste Gollnisch), qui n'était resté présent au second tour que dans le 8e arrondissement, n'obtient pas de conseiller.

Galop d'essai pour 2002

Toute la classe politique a désormais les yeux tournés vers les échéances de 2002, présidentielle et législatives, chacun mesurant le parti que la gauche va pouvoir tirer de la conquête de Paris dont Jacques Chirac avait fait le tremplin de son accession à l'Elysée. Envoyée au front, Michèle Alliot-Marie, présidente du RPR, a aussitôt pris la défense du président de la République, estimant qu'on ne peut lui faire porter dans la capitale "des responsabilités qui ne sont pas les siennes". "Jacques Chirac n'est plus maire depuis six ans. Quand il était maire, nous gagnions très largement", a-t-elle fait valoir.

Pour François Hollande, premier secrétaire du PS, "tout est ouvert pour 2002". Venu partager à son QG de campagne le succès de Bertrand Delanoë, le Premier ministre Lionel Jospin, a reconnu "des échecs auxquels il faudra réfléchir". Histoire d'être fin prêt en 2002.

Par Philippe MATHON le 19 mars 2001 à 13:10
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