«Le PCF est entré dans sa phase d’agonie finale»

Par , le 21 mars 2001 à 06h46 , mis à jour le 20 mars 2001 à 23h35

Au lendemain des municipales, le Parti communiste français a la gueule de bois. Il a perdu de très nombreux bastions, dont Nîmes, son dernier fief de plus de 100 000 habitants. Deux députés communistes, A. Gérin et P. Carvalho, viennent de demander la démission de Robert Hue. Radioscopie d’un parti en voie d’extinction avec Stéphane Courtois, directeur de recherche au CNRS, spécialiste du PCF.

sigle pcf partis politique france france © INTERNE

Stéphane Courtois est directeur de recherche au CNRS, directeur de la revue Communisme et coauteur d’un ouvrage sur l’histoire du PCF, dont la deuxième édition est parue chez Puf en décembre dernier.

TF1.fr : Quelle(s) leçon(s) tirez-vous du résultat du PCF aux élections municipales ?

"Après avoir perdu la CGT, le PCF vient de perdre son deuxième et dernier pilier existentiel : les bastions municipauxS'il se présente à la présidentielle, je ne le vois pas dépasser les 4%."

Stéphane Courtois : L’effondrement du PCF restera comme le principal enseignement des municipales 2001. Effondrement d’autant plus impressionnant qu’il se retrouve dans les trois types d’implantations majeures du PCF : la banlieue rouge (Ile-de-France), la zone de communisme rural (Allier, Centre, pourtour du Massif central) et la zone méditerranéenne (côté Languedoc-Roussillon et côté Bouches-du-Rhône). La deuxième chose frappante est qu’il s’agit du second échec cuisant pour le Parti communiste en très peu de temps. Aux élections européennes de juin 99, la liste "Bouge l’Europe" avait déjà chuté lourdement. Selon moi, on ne peut que s’inquiéter pour les prochaines échéances présidentielle et législatives. Car après avoir perdu la CGT, le PCF vient de perdre son deuxième et dernier pilier existentiel : les bastions municipaux.

Tf1.fr : Le PCF semble avoir définitivement raté sa mutation ?

S.C. : Ces résultats montrent clairement que les simagrées de mutation du PCF ne mènent à rien si ce n’est à l’échec le plus patent. Mais, dès lors, se pose une question de fond : le PCF est-il mutable ? Est-il réformable à l’instar du PC italien (PCI) qui s’est mué en parti social-démocrate, ou à l’instar des pays nordiques où les PC se sont transformés en partis libertaires, écologistes, sexistes… ? Je pense que non. D’abord parce que le PCF a été beaucoup plus stalinien que les autres PC européens. Les relations, la proximité entre les deux directions étaient beaucoup plus marquées. Par ailleurs, en Italie, la direction du PCI était composée d’intellectuels capables de concevoir une stratégie ou une identité communiste différente de celle de Moscou. La direction française est, elle, fondamentalement ouvrière : Thorez, Duclos, Marchais… elle est incapable de créer une nouvelle identité. Hue n’a pas fait preuve de beaucoup plus de capacité intellectuelle.

TF1.fr : Pensez-vous que Robert Hue doit démissionner ?

"Le PCF, en tant que mouvement politique créé en 1920, est entré dans sa phase d’agonie finale."

S.C. : Je ne peux personnellement me prononcer sur la question mais, depuis lundi matin, on constate une levée de boucliers dans les rangs des élus communistes qui condamnent la politique de Robert Hue qui les a menée droit à la catastrophe. Ce qui est sûr c’est que le secrétaire national du parti refuse de voir la chute vertigineuse du militantisme traditionnel qui faisait la force du communisme. Il refuse également de prendre en compte le vieillissement de ses adhérents. La moyenne d’âge est passée à 55 ans, dans ce parti qui s’était toujours caractérisé par sa jeunesse, dans les années 20, au moment de l’union de la gauche ou encore de la Résistance… Selon moi, M. Hue est parti dans un fantasme de mutation, en oubliant complètement le terrain, la base. Cette même base qui ne plébiscite pas les résultats de la participation actuelle des communistes au gouvernement. Hue a désormais le choix entre la poursuite de la fuite en avant ou le repli sectaire sur un communisme traditionnel.

Tf1.fr : Après plus de 20 ans de déclin, peut-on dire aujourd’hui que le PCF est mort ?

S.C. : Pour être plus précis, je dirai que le PCF, en tant que mouvement politique créé en 1920, est entré dans sa phase d’agonie finale. Une agonie débuté en 1981 avec le mauvais score de Georges Marchais à la présidentielle et qui depuis n’a cessé de se poursuivre. Les bastions municipaux formaient la dernière barrière contre la descente aux abîmes du PCF. Elle a sauté dimanche dernier. Si jamais le PCF se présente à la présidentielle de 2002, je ne le vois pas obtenir plus de 4% des suffrages. Et je place l’extrême-gauche à 7-8%. Une autre raison me fait dire que le PCF a atteint son point de non-retour. Lorsque l’on survole les élections des décennies précédentes, la plupart des villes perdues par le PCF sont passées dans le giron de la droite. Et, quand elles sont éventuellement revenues à gauche, c’est le parti  socialiste qui les a reprises, pas le PCF.

TF1.fr : Cette débâcle du PCF aux élections ne risque-t-elle pas de perturber l'équilibre déjà fragile de la gauche plurielle ?

"L'échec du PCF et la poussée des Verts vont provoquer un profond et dangereux déséquilibre au sein de la gauche plurielle."

S.C. : Complètement. L’échec du PCF ne doit pas faire oublier la poussée importante des Verts et de l’extrême-gauche aux municipales. A Blois, pour ne citer qu’un seul exemple, la Ligue communiste a fait 10%, suffisamment pour tenir en échec Jack Lang. Cette nouvelle donne va provoquer un profond déséquilibre dans le dispositif de la gauche plurielle. Alors que plusieurs ministres vont devoir être remplacés, les tensions entre Verts et communistes vont devenir très fortes pour savoir qui des deux va être le principal allié du PS. Parallèlement, à l’extérieur de la gauche plurielle, l’extrême-gauche va créer des perturbations.

A un an de la présidentielle et des législatives, Lionel Jospin va aussi devoir faire face à un changement de comportement de l’électorat, un électorat difficilement maîtrisable et donc dangereux. Car si les communistes étaient disciplinés, les électeurs Verts sont volatiles et tout aussi incontrôlables que ceux d’extrême-gauche qui sont de plus en plus anti-social-démocrate.

Par Alexandra Guillet le 21 mars 2001 à 06:46
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