La presse sévère pour Jospin et Chirac

Par Christophe ABRIC , le 19 mars 2001 à 11h40 , mis à jour le 19 mars 2001 à 12h08

Ce matin, les journaux évoquent le sursaut de la droite populaire, les difficultés de rassemblement de la gauche plurielle et les divisions de la droite sanctionnées à Lyon et Paris. Mais ils soulignent surtout le camouflet que ce scrutin inflige à Jacques Chirac et Lionel Jospin.

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"Partout où la gauche est restée proche des 'bas quartiers', elle a gagné. Partout où la droite a su épouser les aspirations d'un électorat populaire, elle l'a emporté"
Christine Clerc, Le Télégramme

"Pour la gauche, Paris vaut bien une claque". Le titre d’ouverture de Libération résume parfaitement le sentiment de la presse face aux résultats des municipales. La gauche a beau avoir remporté deux belles victoires à Paris et Lyon, ce ne sont que "de beaux lots de consolation", car la droite a gagné la France. Le Parisien confirme, en titrant "Paris à gauche… la France à droite", et Le Figaro explique que "Paris n'est pas la France". Dans Ouest-France, Didier Pillet estime qu'en "dépit des conquêtes de Lyon et de Paris, après vingt ans de pouvoir, le Parti socialiste présente des signes d'usure. Il a clairement un problème de renouvellement". Et dans la République des Pyrénées, Henri Jacques souligne que "l'électorat de droite fait preuve d'une capacité de rassemblement énergique (…) Sauf que cette droite d'en-bas ne veut pas avaliser n'importe quoi  comme le spectacle dérisoire des ambitions parisiennes ou les alliances  douteuses lyonnaises, deux ans à peine après les arrangements régionaux de Charles Million avec le FN".

Car au-delà des partis, c'est une fracture entre la tête et le cœur, entre les dirigeants et la base que ce scrutin a stigmatisée. Comme l'explique Christine Clerc dans le Télégramme, "partout où la gauche est restée proche des "bas quartiers", elle a gagné. Partout où la droite a su épouser les aspirations d'un électorat populaire, elle l'a emporté".

Dur pour Chirac et Jospin

Chirac "a fait tous les choix qui ont conduit à la défaite" à Paris, et Jospin "a eu un bras d'honneur là où le cœur de la gauche est censé battre"
Serge July, Libération

Signe de la force de ce verdict populaire, la presse est ce lundi sans pitié pour les deux grands perdants de ce scrutin : Jacques Chirac et Lionel Jospin, qui viennent tous deux de prendre une belle leçon de modestie. Dans Libération, Serge July explique que le premier "a fait tous les choix qui ont conduit à la défaite" à Paris, et que le second "a eu un bras d'honneur là où le cœur de la gauche est censé battre". Bruno Frappat estime, dans La Croix, que "la perte de Paris représente, pour Jacques Chirac, une défaite personnelle historique et symbolique d'une extrême gravité : ses héritiers ont détruit la forteresse à partir de laquelle il avait conquis la France". L'éditorialiste poursuit en inventoriant les dégâts infligés par ce scrutin au jospinisme : "Villes perdues, ministres battus, médiocres reports des voix de la 'gauche de la gauche' et des verts, laminage de l'allié historique (le PCF), désintérêt de la jeunesse…" Jean-Michel Thénard, dans Libération, résume en une formule simple : "Les succès du gouvernement ne se traduisent pas en gains électoraux". Une leçon pour les "jospinistes tellement fiers de leur 'bilan' qu'ils croyaient avoir la France à ses pieds. Et ne songeaient plus qu'à l'Elysée", conclut le Parisien.

Division, fragmentation…

"Où en seraient les socialistes s'ils n'avaient dû compter, à Paris, à Lyon et ailleurs, que sur leurs propres forces ?"
Le Parisien

En revanche, "Lionel Jospin peut dire un énorme merci à la droite parisienne, tous leaders confondus", qui lui ont "offert la capitale sur un plateau", estime Le Parisien. Jean de Belot, dans Le Figaro, confirme : "L'enseignement est une nouvelle fois avéré : la droite ne perd que par ses divisions. (…) Elle a besoin d'un programme fort. Et d'une volonté politique pour l'appliquer".
Quant à la gauche, face à l'érosion du PCF et à la forme nouvelle des Verts, elle doit repenser sa "pluralité" : "Où en seraient les socialistes s'ils n'avaient dû compter, à Paris, à Lyon et ailleurs, que sur leurs propres forces ?", se demande le Parisien. Serge July, dans Libération, explique : "Il y a quatre ans, Lionel Jospin s'appuyait sur un PCF qui n'est plus que l'ombre de lui-même et les verts n'étaient qu'un alibi. Ils sont aujourd'hui indispensables à la gauche. Les équilibres ont changé". La liste Motivé-e-s à Toulouse a elle montré qu'il se constituait une "extrême gauche protestataire qui désavoue la gauche établie", souligne le Figaro. Le paysage politique français a besoin de changer, ce scrutin l'a montré avec force.

Par Christophe ABRIC le 19 mars 2001 à 11:40
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