© INTERNEDeux collégiens de 14 ans, soupçonnés d'avoir violé une collégienne du même âge, ont été mis en examen et écroués cette semaine à Annecy. Un troisième adolescent a été placé sous contrôle judiciaire. Selon l'enquête, les faits se seraient déroulés dans l'appartement de l'un des jeunes alors que ses parents étaient absents. Entraînée sur les lieux, la victime aurait été violée successivement par les trois adolescents. Faîtes tourner ! Dans les milieux policiers et judiciaires, l’affaire ne surprend plus. Elle a même un nom : " la tournante ". La grande majorité de ces agressions ont lieu dans les cités. Entre ados. Lieux de prédilection : les caves et les locaux à poubelles. Faut-il parler pour autant de phénomène de société ? La prudence est de mise : les chiffres actuels, ne distinguant pas entre viols simples et viols collectifs, ne permettent pas de dresser une estimation précise de ce type d’agression. TF1.fr a contacté Jean-Pierre Rosenczweig, président du tribunal pour enfants de Bobigny en Seine-Saint-Denis (juridiction qui ne voit comparaître que des enfants de moins de 16 ans). Depuis sa place privilégiée d’observateur de la société, il nous livre sa vision sur l’ampleur et les raisons de ces viols collectifs entre ados.
-TF1.fr : Les affaires de viols collectifs sont-elles " monnaie courante" au sein de votre tribunal pour enfants ?
Dans leur relationnel, ces gamins ne connaissent que la pauvreté affective. On ne leur a jamais appris ou montré le respect. Comment voulez-vous qu’ils aiment les autres ? Pour eux, les femmes ne sont que de la chair.
J-P. R. : Non, heureusement. Dans notre département, le volume d’affaire de viols collectifs ou "tournante" est peu important. Sur les quelque 8 000 à 9 000 situations étudiées chaque année, entre 20 et 40 sont de cette nature. Personnellement, j’ai traité 4 ou 5 affaires de ce genre. Mais il est très difficile de donner des chiffres précis puisque dans les statistiques nous ne distinguons pas entre viol simple et viol collectif. Par ailleurs, des voyants lumineux nous laissent à penser que beaucoup de jeunes filles victimes de ce genre de violences n’osent pas porter plainte par honte ou par peur. Si elles sont difficilement quantifiables, ces affaires ont en revanche une force symbolique extraordinaire. Ce sont des dossiers très lourds, très graves, très émotionnels. Ils sont de ceux qui marquent les esprits.
- TF1.fr : Quelle formes prend le plus souvent ce type d’agression ?
J-P. R. : De nombreuses gamines sont violentées par leur petit copain et un, deux ou trois autres garçons de la bande dans les locaux à poubelles des immeubles de leurs cités. Je viens de condamner à cinq ans de prison un " pacha " de 15 ans et demi qui voulait impressionner en se faisant "faire des gâteries" en public par la fille avec qui il sortait et qui appelait ses copains pour la leur "prêter". Le problème est que pour ces gamins la fellation n’est pas un rapport sexuel et donc ne peut être assimilable à un viol. J’ai aussi eu à traiter le cas d’une jeune femme lesbienne qui, alors qu’elle se rendait au parc pour lire un livre, s’est fait agresser par une bande de 5 ou 6 voyous, maniant le 38 ou le fusil à pompe. Ils l’ont violée tour à tour, encouragés par un public parmi lequel figuraient des filles !
-TF1.fr : Les agresseurs sont-ils conscients de leurs actes lorsque vous les jugez ?
Le problème est que pour ces gamins la fellation n’est pas un rapport sexuel mais une simple "gâterie". Ils ne peuvent dès lors pas l'assimiler à un viol.
J-P. R. : Non, ils ne réalisent absolument pas la gravité du drame s’il ne s’agit pas d’un viol physique ou bien d’un crime. Je viens par exemple de juger un gamin de 14 ans dans le cadre de deux affaires distinctes. Dans l’une, il était jugé pour avoir mis le feu à un appartement lors d’un règlement de compte entre bandes, entraînant la mort d’une personne âgée par asphyxie dans un appartement voisin. Lors du procès, le jeune homme était discret, parlait bas, pleinement conscient qu’il avait fauté. Quelques heures plus tard, je revoyais ce même jeune homme dans le cadre d’une seconde affaire dans laquelle il était accusé, avec d’autres jeunes, d’avoir forcé une jeune femme enceinte à monter dans une voiture et de l’avoir tripotée. Là, je me suis retrouvé face à un petit caïd qui ne présentait aucun signe de remords ou de culpabilisation. Pour lui, comme il n’y avait pas eu " pénétration ", il ne pouvait en aucun cas s’agir d'un viol. Donc, le fait reproché n’était pas grave pour lui !
-TF1.fr : Comment peut-on expliquer ce genre de comportement de la part de ces jeunes ? Quel profil ont-ils ?
J-P. R. : Dans leur relationnel, ces gamins ne connaissent que la pauvreté affective. On ne leur a jamais appris ou montré le respect. Comment voulez-vous qu’ils aiment les autres ? Pour eux, les femmes ne sont que de la chair. Il vivent dans une autre culture, celle de la rue. Une culture dans laquelle il faut s’affirmer comme un chef ou sous-chef. Les moyens d’y parvenir sont la force physique, les armes, la drogue et le sexe. Une culture dans laquelle la femme n’a pas sa place, ou alors à l’horizontal. Il s’agit de jeunes coqs arrogants qui ne savent pas faire la différence entre "je désire" et "je prends". A cela il faut ajouter qu’ils sont majoritairement issus d’une culture étrangère dans laquelle le rapport de force entre homme et femme et bel et bien présent.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




