Affaire Dils : le doute et un nouveau procès

Par Bastien BONNEFOUS , le 03 avril 2001 à 17h02 , mis à jour le 03 avril 2001 à 17h25

La Cour de révision a décidé de rejuger Patrick Dils, condamné à la perpétuité en 1989 pour le meurtre de deux enfants. La présence du tueur en série Francis Heaulme, le jour du drame sur les lieux des faits, jette un doute sur la culpabilité de Dils. Dans l'attente de son nouveau procès, Dils reste néanmoins en prison.

dils © INTERNE

"Le procès de 1989
n'a pas eu lieu
dans un climat paisible
et l'enquête policière
a été menée à charge
contre Patrick Dils".
L'avocat de la famille
d'un des garçons
assassinés

A petits pas, on avance vers la vérité. Patrick Dils, en prison depuis près de quatorze ans, n'est plus un condamné mais un présumé coupable. Demain peut-être présumé innocent, voire innocent tout court.

La Cour de révision a annulé mardi sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de deux enfants à Montigny-les-Metz, en Moselle, en 1986. Interpellé sept mois après les faits, Patrick Dils, alors adolescent, avait avoué les deux meurtres, avant de se rétracter. Depuis, il n'a jamais cessé de clamer son innocence.

L'ombre de Francis Heaulme plane sur le dossier

Agé aujourd'hui de 30 ans, il va donc être rejugé, dans un délai qui reste à préciser, par une nouvelle cour d'assises. Ce sera celle de la Marne, à Reims, un choix fait pour dépassionner l'affaire par rapport à la région du drame. Mais d'ici là, il reste en prison. "C'est le seul côté insatisfaisant de cette nouvelle", a commenté son avocat Me Jean-Marc Florand. "Une incohérence", selon une source proche de l'enquête contactée par tf1.fr. "Si la Cour a décidé de rejuger Dils, c'est qu'il y a un doute sur sa culpabilité, et s'il y a un doute, il doit toujours bénéficier à l'accusé".


Francis Heaulme, "le routard du crime"-
Derrière la décision de la Cour plane l'ombre d'un homme : Francis Heaulme, "le routard du crime". Tueur en série, condamné à cinq reprises pour meurtres, il est désormais avéré que Francis Heaulme était présent, le jour du meurtre en 1986, à l'endroit même où les deux garçons, âgés de 8 ans, ont été tués, le crâne fracassé à coups de pierres. Inconnu à l'époque des services de police, l'enquête a prouvé depuis qu'Heaulme a vu ce jour-là les enfants qui lui auraient jeté des pierres. Il travaillait alors dans une entreprise située à 400 mètres des lieux du drame. Aujourd'hui, Heaulme nie avoir tué les deux garçons mais son alibi est tombé à l'eau : il n'était ni chez sa grand-mère, ni avec un ami, comme affirmé par ses soins aux enquêteurs.

La Cour de révision considère que la présence de Heaulme constitue "un élément nouveau qui jette le doute sur la culpabilité" de Dils. Mais la haute juridiction est incompétente pour décider l'ouverture d'une instruction contre Francis Heaulme dans les crimes de Montigny-les-Metz., une prérogative qui n'appartient qu'au parquet de Moselle, silencieux pour l'instant.

Le nouveau procès en public

Vêtu pour l'occasion d'une veste verte, couleur de l'espoir, Jean Dils, le père de Patrick, n'a pas caché sa satisfaction à l'annonce de la révision du procès de son fils. Accompagné de son épouse Jacqueline, tous deux ont déclaré devant les marches du Palais de justice de Paris : "C'est une grande joie pour nous, c'est ce qu'on attendait depuis toujours. Ce n'est pas la fin du combat mais on voit le bout du tunnel".

Daniel Delrez, l'avocat de la famille d'une des victimes, se félicite lui aussi de la décision de la Cour de révision. Contacté par tf1.fr, il se dit "convaincu que le procès de 1989 n'a pas eu lieu dans un climat paisible et de nouveaux éléments laissent à penser que l'enquête policière a été, à l'époque, menée à charge contre Patrick Dils". En 1986, plusieurs témoignages faisant état de la présence sur les lieux des meurtres d'un individu au physique totalement différent de celui du condamné, n'auraient pas été pris en compte par les policiers chargés de l'enquête.

Le nouveau procès Dils aura lieu en public à Reims. En janvier 1989, l'accusé, encore mineur (il avait 17 ans), avait été jugé à huis clos, une ambiance qui "avait empêché le jury d'écouter sereinement l'avocat de Patrick Dils", selon Me Delrez.

Photo d'ouverture : Patrick Dils à 16 ans, au moment de son arrestation (DR).

Par Bastien BONNEFOUS le 03 avril 2001 à 17:02
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