L'affaire Seznec, l'une des plus troublantes affaires judiciaires du siècle

Par , le 02 avril 2001 à 18h10 , mis à jour le 02 avril 2001 à 18h29

Le dépôt par la ministre de la Justice Marylise Lebranchu d'une requête en revision du procès de Guillaume Seznec, condamné en 1924 pour un meurtre qu'il a toujours nié, est la dernière péripétie d'une affaire judiciaire vieille de plus de soixante dix ans.

affaire seznec guillaume portrait © INTERNE

Tout commence en 1922 par la publication d'une annonce dans un journal breton. Un Parisien recherche des véhicules militaires abandonnés par l'armée américaine après l'Armistice de 1918. Guillaume Seznec, négociant en bois à Morlaix, jalousé pour avoir gagné de l'argent comme blanchisseur de l'armée pendant la Grande Guerre, et son ami, Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère, voient là un moyen rapide de s'enrichir. C'est l'époque des grands trafics de l'après-guerre. Les deux hommes décident de convoyer cent voitures à Paris. Mais la première Cadillac au volant de laquelle ils sont partis de Rennes, le 23 mai 1923, tombe en panne à plusieurs reprises. Seznec reviendra seul. Il affirmera avoir quitté Quémeneur à Houdan (Seine-et-Oise, actuellement Yvelines), près de Paris.


Guillaume Seznec-
Quémeneur ne donnera jamais plus signe de vie, sauf dans un étrange télégramme envoyé du Havre pour rassurer la famille : "Ne rentrerai que dans quelques jours. Tout va pour le mieux. Quémeneur." Une expertise imputera ce télégramme à Seznec qui affirmera n'avoir jamais mis les pieds au Havre. Son cas s'aggrave lorsqu'un commerçant du Havre déclare lui avoir vendu une machine à écrire que la police retrouve opportunément dans le grenier de Seznec. C'est elle qui aurait servi à taper une convention par laquelle Quémeneur s'engage à vendre à Seznec à bas prix une propriété qu'il possède dans les Côtes d'Armor.

"Il n'y a que les coupables qui demandent pardon"

La malchance pour Seznec aura le visage de l'inspecteur Pierre Bonny, futur zélateur de la Gestapo, fusillé à la Libération. Cet homme implacable n'a qu'une doctrine : un enquêteur a tous les droits pourvu qu'il trouve un coupable. Bonny diligente l'enquête. Des témoignages invérifiables accablent Seznec. Les graphologues sont formels : le télégramme et la promesse de vente sont des faux rédigés par le suspect.


En route vers le bagne-
Le 4 novembre 1924, la cour d'Assises de Quimper condamne Seznec aux travaux forcés à perpétuité magré l'absence de cadavre et d'arme du crime. Au cours du procès, l'accusé clame son innocence. Mais, agressif, déplaisant, empêtré dans ses contradictions, il a le profil du coupable pour les jurés. Jamais la personnalité et les suspicions qui pèsent sur Bonny, démis de la police notamment pour falsifications de preuves dans l'affaire Stavisky et fortement soupçonné d'avoir fait introduire chez Seznec la fameuse machine à écrire, ne viendront troubler la Justice. Jamais non plus ne sera pris en considération le regret exprimé à son fils par Bonny, peu avant son exécution, d'avoir "fait envoyer au bagne un innocent".

Du bagne de Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane), où il demeurera 23 ans, Seznec écrit : "La mort n'est rien pour qui ne peut rien espérer". Il refuse en 1933 de signer la demande de grâce qu'on lui présente car, déclare-t-il, "il n'y a que les coupables qui demandent pardon". Quand il reviendra en métropole, en juillet 1947, après avoir été gracié en 1946 pour bonne conduite, il ne sera plus qu'une ombre. Renversé à Paris par une voiture qui prend la fuite, en novembre 1953, il mourra trois mois plus tard. Magistrats, hommes politiques et journalistes s'efforceront d'obtenir la réhabilitation de l'ex-bagnard. Denis Le Her-Seznec, le petit-fils de celui qui fut le héros malheureux de l'une des plus grandes affaires judiciaires du siècle, a poursuivi le combat.

Par Alexandra Guillet le 02 avril 2001 à 18:10
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