Brice Fleutiaux s'est donné la mort

Par Léonard VINCENT , le 26 avril 2001 à 14h00 , mis à jour le 26 avril 2001 à 14h20

Le photographe français Brice Fleutiaux, qui se trouvait depuis plusieurs jours dans un "grave état dépressif", s'est donné la mort mardi. Depuis son retour de captivité en Tchétchénie, il n'avait pu reprendre une vie ordinaire.

tchétchénie france brice fleutiaux conférence de presse © INTERNE

Ses proches avaient fait savoir récemment qu'il se trouvait dans "un grave état dépressif".

"C'est l'acte solitaire d'un jeune homme qui traversait une grave crise personnelle, qui n'avait plus de repère ni d'espoir." C'est ainsi que son ami le journaliste Alexandre Levy, co-auteur du livre que Brice Fleutiaux venait de publier *, a évoqué pour tf1.fr le suicide, le 24 avril, du photographe français qui fut otage d'une bande armée tchétchène l'année dernière. Ses proches avaient fait savoir récemment qu'il se trouvait dans "un grave état dépressif", justifiant ainsi l'annulation de la tournée de promotion de son livre. Peu à peu, il avait refusé toute aide de sa famille, de ses amis, de son entourage et s'était totalement refugié dans le silence.
 
Depuis son retour de captivité, il n'avait pu reprendre une vie ordinaire, questionnant son expérience dans les montagnes tchétchènes, sans jamais pouvoir apporter de réponses. Pourquoi moi ? Que faire maintenant ? (Cf. notre reportage "Une expérience humaine incroyable", 13 juin 2000). Et puis tous ceux qui balayaient sa douleur d'un revers de la main, disant qu'après tout, "il n'avait qu'à pas y aller", là-bas, en Tchétchénie... Sans doute son acte est-il le point final de toutes ses interrogations.

"Nous tous, qui étions ses amis, sommes profondément abattus, a encore raconté, infiniment triste, Alexandre Levy, joint par téléphone peu après l'annonce de la nouvelle. C'est une chose de ne pas être bien, mais c'en est une autre de mettre fin à ses jours. Nous ne nous attendions pas à ce qu'il en arrive là." Dans les locaux de Reporters sans frontières, à Paris, son éditeur, ses amis et Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation, s'apprêtent à accueillir sa famille dans les heures qui viennent. En attendant, il s'agit de répondre aux coups de téléphone des journalistes. Et de ceux qui avaient connu Brice Fleutiaux, avant ou après son retour de Tchétchénie, en juin 2000.

Nous avions pu voir sa façon de ne presque pas parler de lui et de s'obstiner à évoquer les Tchétchènes.

tf1.fr
avait plusieurs fois rencontré ce jeune homme vif, insolent, trouble, souriant, généreux (Cf. l'interview "Une heure avec Brice Fleutiaux", partie 1 et partie 2). Nous avions pu voir sa façon de ne presque pas parler de lui et de s'obstiner à évoquer les Tchétchènes, leur combat, leur pays et leur cruauté tout à la fois. Incertain, nerveux et dilettante, mais aussi drôle, avide de joie et appliqué au travail, il s'était laissé bercer avec un plaisir mêlé d'appréhension par une gloire qu'il savait éphémère et imméritée.
 
Pourtant, il avait voulu aller plus loin, comprendre mieux, savoir ce qui vivait encore en lui et qui le faisait souffrir, après avoir été kidnappé au premier jour de l'offensive des troupes russes en Tchétchénie, le 1er octobre 1999. Et avoir été relâché dans des circonstances encore peu claires, neuf mois plus tard. Lui était persuadé qu'il avait été échangé contre un dignitaire tchétchène détenu par les fédéraux. Il s'était perdu, littéralement. C'est pourquoi il avait voulu écrire un livre. Sans doute cela ne lui a-t-il pas suffi.

* : "Otage en Tchétchénie" de Brice Fleutiaux,
avec la collaboration d'Alexandre Levy, editions Robert Laffont.

Par Léonard VINCENT le 26 avril 2001 à 14:00
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1 Commentaires

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  • Rédha, le 27/07/2009 à 14h29

    J'ai souvent pensé a lui....! je suis triste....

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