La Cogema va fermer son atelier de Cadarache

Par Christophe ABRIC , le 19 avril 2001 à 15h43 , mis à jour le 19 avril 2001 à 16h31

Sommée par les autorités de fermer un atelier de production de Mox sur le site de Cadarache, la Cogema va obtempérer d'ici à 2002, a affirmé un responsable à tf1.fr. La société sait depuis 1995 que son atelier ne résisterait pas aux séismes qui pourraient menacer le site. Elle a prévu la fermeture depuis plus d'un an, et espère convaincre les autorités de pouvoir produire du Mox ailleurs.

cogema pollution environnement © INTERNE

Sur le site nucléaire de Cadarache, près d'Aix-en-Provence, la Cogema exploite depuis quarante ans un atelier de traitement du plutonium (ATPu), construit à l'époque (1961) selon les normes de sécurité. Seulement, ces normes ont été réévaluées en 1981, et cet atelier n'y répond plus : le site du Cadarache est un lieu à haut risque sismique, et le laboratoire de la Cogema ne résisterait pas à un séisme d'une magnitude supérieure à cinq (sur neuf). La Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (DRIRE) a donc sommé la Cogema de fermer son atelier d'ici à l'an prochain : "En cas de silence persistant de la Cogema, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) décidera elle-même de la date à laquelle l'usine devra s'arrêter", a prévenu Dominique Tixeront, directeur de la DRIRE.

La Cogema savait depuis longtemps

La Cogema compte demander l'extension de son autre lieu de production de Mox, sur le site de Marcoule, près de Nîmes

Mais la Cogema devrait obtempérer. Cette annonce n'est en effet pas une surprise : l'ASN avait mis la Cogema au courant de tels risques dès 1995, et avait dès lors "demandé à l'entreprise d'envisager la fermeture", selon Jean-Luc Thierry, chargé du nucléaire chez Greenpeace. Interrogé par tf1.fr, Michel Arnaud, directeur de la communication de la Cogema à Cadarache, confirme : "C'est loin d'être une nouvelle". Pourquoi, dès-lors, n'avoir pas bougé depuis 1995 ? "Nous avons passé ces années à étudier plusieurs scénarios", répond-il, "et nous en avons conclu que réaliser des travaux de remise aux normes n'était pas envisageable : coût rédhibitoire et difficile techniquement". En conclusion, "l'ATPu fermera bien ses portes d'ici à 2002".

Etendre la production sur le site de Marcoule

Il s'agit maintenant pour la Cogema d'arriver à une solution "satisfaisante à la fois sur le plan humain et sur le plan économique". D'une part, l'ATPu emploie près de 300 personnes. A ce propos, Michel Arnaud déclare que la société réfléchit à plusieurs hypothèses. Les syndicats ne s'inquiètent pas outre mesure, comme l'explique Yann Perrotte, délégué central Force Ouvrière à la Cogema : "On sait qu'on va obtenir des mesures de reclassement, dont certaines sur le site même".

LE MOX, KESAKO ?

Le Mox est un combustible mélange d'oxydes d'uranium appauvri et de plutonium provenant du retraitement des combustibles nucléaires. Il permet de réduire la consommation d'uranium. La fermeture prochaine du site de Cadarache relance le débat sur ce produit, qui n'est produit que par quatre usines dans le monde : 2 en France, une en Belgique et une en Grande-Bretagne. Les défenseurs du Mox, Cogema en tête, expliquent que ce produit est un combustible efficace qui réduit en outre la toxicité du déchet ultime, don un produit bon pour l'environnement. Pour Greenpeace, au contraire : le Mox est plus radioactif qu'un combustible ordinaire et l'étape de retraitement est très polluante : l'écologie n'y gagne donc rien. Seul point sur lequel les deux parties sont d'accord : la prolifération. Le Mox permet d'éviter que du plutonium (qui sert à la fabrication d'armes nucléaires) ne circule et ne tombent entre de mauvaises mains.

D'autre part, la Cogema a des clients à satisfaire : l'ATPu produit du Mox, mélange d'oxydes d'uranium appauvri et de plutonium provenant du retraitement des combustibles nucléaires (voir encadré). Elle en vend aux pays étrangers, surtout l'Allemagne. Fermer l'atelier de Cadarache serait réduire sensiblement la production et la Cogema compte donc demander l'extension de son autre lieu de production de Mox, sur le site de Marcoule, près de Nîmes. Pour cela, il faut des autorisations : "Le problème est désormais politique", reconnaît Michel Arnaud. Jean-Luc Thierry (Greenpeace) confirme : "Lors d'un arbitrage interministériel, Dominique Voynet a refusé l'extension du site de Marcoule. Jospin aura du mal à revenir là-dessus, du moins jusqu'à 2002. Ça, la Cogema le sait, tout comme elle sait depuis plusieurs années que le maintien de l'ATPu de Cadarache est indéfendable. Elle a fait la sourde oreille pour faire pression sur le gouvernement". Michel Arnaud confirme que convaincre les autorités de la nécessité d'une extension du site de Marcoule est désormais une priorité, sans montrer trop d'inquiétude. Pour la Cogema, cette annonce est un micro-événement, abordé avec sérénité.

Par Christophe ABRIC le 19 avril 2001 à 15:43
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