Les Croisés de l'administration

Par Franck LEFEBVRE , le 24 avril 2001 à 11h45 , mis à jour le 24 avril 2001 à 02h45

Le rapport annuel du médiateur de la République, rendu public aujourd’hui, dresse un premier bilan du projet de médiation de proximité, annoncé fin 1999. 103 nouveaux délégués du médiateur ont été nommés sur les 300 prévus d’ici 2003. Leur présence dans certains quartiers en difficulté contribue déjà à améliorer les rapports de l’administration avec ses usagers.

delegue mediateur © INTERNE

Le site du médiateur de la République

Ils sont le dernier recours des usagers confrontés à des décisions administratives en apparence injustifiées ou mal comprises. Ils doivent pouvoir traiter de problèmes concernant aussi bien la fiscalité que les Assedic, les caisses de retraite, le logement, l'état-civil, ou les droits des étrangers. Ils travaillent en liaison avec les administrations, mais souvent en-dehors de toute institution – et seulement deux demi-journées par semaine, rétribués 2.200 francs nets par mois. Ils sont installés au coeur même des quartiers sensibles, dans les maisons de la justice et du droit, au sein de plates formes de service public, dans des mairies annexes, des bureaux de poste... Non-fonctionnaires pour la moitié d'entre eux, les nouveaux délégués du médiateur de la République facilitent, par leur profil et leur origine, la réconciliation entre les quartiers populaires et l'administration. Une mission qui confine parfois au sacerdoce…

"La demande est forte"


Bernard Stasi - AFP
Alors que beaucoup font leurs premiers pas sur le terrain, leur fonction apparaît déjà comme essentielle. Le rapport annuel du médiateur de la République leur consacre d’ailleurs une étude significative. "Leur rôle est d’aider dans leurs démarches les citoyens les plus "paumés", qui ne savent pas comment faire respecter des droits que souvent ils ignorent", détaille Bernard Stasi, l’actuel médiateur de la République, joint par tf1.fr. Un rôle que, souvent, ils assumaient déjà bien avant le programme de médiation de proximité, annoncé lors du comité interministériel des Villes du 14 décembre 1999. Beaucoup de ces nouveaux médiateurs, en effet, faisaient déjà partie d’associations, et c’est par esprit militant qu’ils se sont portés volontaires pour favoriser le dialogue entre les administrations et les plus démunis de leurs usagers.

"Ce sont pour la grande majorité d’entre eux des hommes et des femmes qui connaissent ces quartiers, qui y habitent, qui y militent", note Bernard Stasi. "Ils deviennent délégués du médiateur parce qu’ils estiment que c’est un devoir civique, par générosité ; pour certains d’entre eux, c’est aussi une expérience intéressante : beaucoup sont encore étudiants." L’originalité de ces nouveaux médiateurs réside donc aussi dans leur profil : "60% sont des femmes, 10% sont de nationalité étrangère, ce qui est tout de même assez nouveau dans une institution de la République", souligne Bernard Stasi. Quant à la façon dont ils sont perçus, elle est largement positive. "Ils sont bien accueillis, et par les services de l’administration, et par les associations qui travaillent sur le terrain. La demande est forte. Des maires, des sous-préfets chargés de la Ville, nous sollicitent pour que nous en installions dans leurs quartiers. Indiscutablement, ils répondaient à un besoin."

Manque de moyens et isolement


La documentation juridique, un support
qui fait parfois cruellement défaut - DR
Revers de la médaille : beaucoup de ces nouveaux délégués du médiateur reconnaissent qu’ils doivent en fait travailler beaucoup plus que leurs deux demi-journées de permanence, et composent avec le manque de moyens ou de documentation juridique. Beaucoup aussi souffrent de l'isolement. "La multiplication des lieux de médiation ne suffit pas, car une constatation doit être faite : la médiation reste largement méconnue du grand public", souligne par exemple Georges Vergez, délégué du médiateur de la République à la Maison de la justice et du droit du XIVe arrondissement de Paris, cité dans le rapport. Il faut enfin "savoir accueillir les émotions et parfois gérer les crises de désespoir, de larmes, d’injures ou de violence" de la part d’usagers qui ont le sentiment d’être incompris et méprisés par l’administration.

Malgré cela, l’expérience est jugée largement concluante par Bernard Stasi, qui envisage sereinement la prochaine vague de nominations. "Nous avions décidé de nommer 100 nouveaux délégués en 2000, et 100 en 2001 ; pour un certain nombre de raisons, notamment financières, nous avions arrêté le recrutement. Nous allons le reprendre." Tout en sachant que ces délégués sont et resteront des volontaires, au lieu de devenir des professionnels, ce qui créerait "un autre type d’administration spécialisé dans la résolution des conflits, sur lequel s’appuieraient les services publics, sans chercher à se réformer par eux-mêmes".

Par Franck LEFEBVRE le 24 avril 2001 à 11:45
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