Jospin n'ose pas le "babord toute"

Par Christophe ABRIC , le 02 avril 2001 à 08h35 , mis à jour le 02 avril 2001 à 09h19

Ce week-end, Lionel Jospin s'est déclaré à l'écoute des Français et a souligné son indignation face aux cas Danone et Marks & Spencer. Il s'est toutefois refusé au changement de cap voulu par ses partenaires de la gauche plurielle, qui ont fait part de leur déception.

lionel jospin seminaire © INTERNE

"Samedi, le gouvernement était réuni autour de Lionel Jospin pour un séminaire qui a duré plus de sept heures et demie. Le Premier ministre y a souligné sa volonté d'être plus "à l'écoute" du "message" que les Français avaient adressé lors des élections municipales et cantonales. Il a évoqué le cas Marks & Spencer ("particulièrement inacceptable"), les licenciements massifs du groupe Danone (qui doit "assurer ses responsabilités sociales et économiques"), et a dit "comprendre la colère et le sentiment d'indignation des salariés". Mais Jospin n'a pas annoncé le coup de barre à gauche attendu par ses partenaires de la gauche plurielle : il a préfèré s'appuyer sur les "bons résultats de la politique économique" pour réaffirmer qu'un "changement de cap" n'était "pas nécessaire". Les Verts et les communistes attendaient du Premier ministre un virage à gauche, ils n'ont eu droit qu'à une promesse "d'ajustements".

Eux aussi en séminaire, les partenaires des socialistes dans la gauche plurielle ont donc été plutôt sévères vis à vis de Jospin et de ses atermoiements.

Les Verts comme nouvelle force

Noël Mamère, lors du Conseil national interrégional des Verts, a estimé que les Français ne sauraient se suffire de "simples ajustements", de "sparadrap sur une jambe de bois" et qu'il fallait leur offrir des "signes beaucoup plus forts". Rejoint par Dominique Voynet, il a affirmé que "les électeurs ont demandé à Lionel Jospin ce qu'il nous a refusé : ils veulent aujourd'hui que les Verts aient plus d'importance dans les décisions politiques".

L'avenir du PCF

Les communistes étaient, eux aussi, mécontents du discours de Lionel Jospin. Lors du Conseil national du PCF, Robert Hue a estimé nécessaire un "changement de cap" qui ne lui "semble pas avoir été pris en compte" par le Premier ministre : "La montagne semble avoir accouché d'une souris". Evoquant les affaires Danone et Marks & Spencer, le secrétaire général du PCF a demandé des mesures fortes : appel au boycott des produits Danone, soutien pour une grande manifestation à Calais le 21 avril, demande de signature des décrets d'application de la loi Hue votée au parlement sur le contrôle des fonds publics pour les aides aux entreprises... Tout était bon pour marquer l'engagement des communistes de manière concrète auprès des salariés "brutalement" congédiés.

Il a ensuite évoqué le Nouveau Parti Communiste : reconnaissant qu'ils se trouvaient "au milieu du gué", les communistes se sont interrogés sur l'attitude à avoir au vu des derniers résultats électoraux. Pour Robert Hue, la question ne se pose même pas: "En avant toute", a-t-il lancé aux participants. Hors cette "mutation" qu'il a voulue et acceptée au cours du congrès de Martigues en mars 2000, point de salut, selon lui.

Par Christophe ABRIC le 02 avril 2001 à 08:35
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