Le nouveau témoignage qui accuse Chirac

Par Philippe MATHON , le 04 avril 2001 à 14h21 , mis à jour le 04 avril 2001 à 14h53

Un ancien dirigeant de l'OPAC aurait décrit Jacques Chirac comme l'inspirateur d'un système de fraude sur les marchés publics, mardi, devant le juge Halphen, dans l'enquête sur les HLM de la ville de Paris. (Papier mis en ligne le 04/04/2001).

[Expiré] [Expiré] chirac songeur © AFP

Jacques Chirac ne s'est pas rendu à la convocation du juge Eric Halphen, mercredi 4 avril à 15 heures. Pourtant, les deux hommes n'auraient eu aucun mal à trouver un sujet de discussion. Selon Le Monde daté de jeudi, le chef de l'Etat aurait été mis en cause nommément mardi par un cadre de l'Hôtel de Ville, François Ciolina, interrogé par le juge Halphen. L'homme, qui n'est autre que l'ancien directeur général adjoint de l'office HLM de la Ville de Paris (OPAC), aurait désigné le chef de l'Etat comme l'inspirateur d'un système de fraude sur les marchés publics destiné à "financer le RPR", écrit le quotidien.

Face au magistrat, François Ciolina aurait également confirmé la majeure partie des déclarations enregistrées sur vidéo par Jean-Claude Méry, l'ancien collecteur de fonds du RPR, qui, dans sa cassette vidéo posthume, avait déjà mis en cause Jacques Chirac en tant que maire de Paris. Questionné sur les affirmations de M. Méry, qui disait avoir "rapporté" une "dizaine de millions de francs par an" à la "machine" du RPR, M. Ciolina aurait jugé "crédible" cette estimation.

"Michel Roussin ou Jacques Chirac lui-même"

"Il est indéniable que certaines entreprises ont bénéficié de marchés de façon privilégiée (...) Qui dit favoritisme dit contreparties financières. Certains entrepreneurs m'ont dit ouvertement que, pour obtenir des marchés, il fallait déposer des espèces au cabinet du maire de Paris", aurait insisté François Ciolina.

Mis en examen par le juge Halphen pour "trafic d'influence" en juin 1995, celui-ci travaillait sous les ordres du corrézien et très chiraquien Georges Pérol à l'OPAC, au cours des années 90. Un patron qui, selon lui, supervisait le choix des entreprises lors de la passation des marchés publics, ajoute Le Monde qui cite ensuite des extraits de l'audition de M. Ciolina.

- Halphen : "Vous pensez donc qu'on lui avait demandé d'avaliser les choix faits par M. Méry ?"

- "Oui", répond Ciolina.

- "Qui?"

- "Michel Roussin (ex-chef de cabinet de Jacques Chirac Premier ministre) ou Jacques Chirac lui-même".

"La plupart des décisions se prenaient en Corrèze..."

Le nouvel accusateur de Jacques Chirac a profité également de sa convocation pour assurer sa propre défense, se défendant d'avoir entretenu des relations occultes avec certaines entreprises, comme l'assurait Jean-Claude Méry sur la cassette. "Tout était fait avant que les choses ne viennent à mon niveau (…) La plupart des décisions financières concernant l'OPAC se prenaient en Corrèze", aurait-il affirmé à Eric Halphen.

A la fin du mois de mai 1996, déjà, Ciolina avait relancé l'enquête en mettant directement en cause Jean Tiberi (mis en examen en mai 1999 pour complicité de trafic d'influence) qui présidait le conseil d'administration de l'OPAC.

Par Philippe MATHON le 04 avril 2001 à 14:21
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