Peut-être la fin de l'affaire Dickinson, après cinq ans d'enquête

Par , le 15 avril 2001 à 09h02 , mis à jour le 15 avril 2001 à 09h24

Après cinq ans d'attente, de péripéties, de doutes, d'erreurs et d'espoir, l'enquête sur le meurtre de Caroline Dickinson aborde un tournant décisif avec la confirmation que l'ADN de Francisco Arce Montes, un espagnol de 56 ans arrêté à Miami en mars dernier, correspond à celui du meurtrier de la jeune britannique. Chronologie.

Caroline Dickinson © INTERNE

18 juillet 1996. Le corps de Caroline Dickinson, une jeune britannique de 13 ans et demi, est découvert dans une chambre de l'auberge de jeunesse de Pleine-Fougères (Ille-et-Vilaine) qu'elle partageait avec quatre de ses camarades. L'autopsie révèle rapidement qu'elle a été violée et étouffée. Moins de deux jours plus tard, Patrice Padé, un sans domicile fixe déjà condamné pour agressions sexuelles et viols, est interpellé près de Sourdeval, dans la Manche. Après avoir avoué à deux reprises, il est mis en examen le 22 juillet pour "meurtre accompagné de viol" et écroué. L'affaire semble bouclée. Mais après 17 jours de détention, c'est le coup de théâtre. Le 6 août, le suspect revient sur ses aveux avant d'être définitivement mis hors de cause par les résultats de tests génétiques. Padé est libéré le lendemain et fait l'objet d'une ordonnance de non-lieu le 10 octobre. Il obtiendra une indemnité de 10.000 F.

Le juge d'instruction de Saint Malo délivre alors une commission rogatoire internationale afin que les enquêteurs puissent poursuivre leurs investigations outre-manche. Le 19, un prélèvement ADN est effectué sur les cinq garçons qui accompagnaient l'adolescente. Ils se révèlent négatifs. Le 21 décembre est ouverte une information judiciaire à Saint-Lunaire, station balnéaire située à une cinquantaine de kilomètres du lieu du meurtre, où une jeune anglaise avait été victime, également dans la nuit du 17 au 18 juillet, d'une tentative d'agression.

Première française, les tests ADN systématiques

En juillet 1997, un an après les faits, les parents de la jeune Caroline s'impatientent. Ils veulent que l'assassin de leur fille soit sous les verrous. Devant le piétinement de l'enquête, ils critiquent les "bourdes" commises selon eux par les enquêteurs français et réclament une campagne de tests génétiques systématiques. Cette demande est refusée par le magistrat instructeur. Mi-août, le juge Zaug est dessaisi du dossier au profit du conseiller Renaud Van Ruymbeke. La cour d'appel de Rennes demande également un contrôle d'ADN systématique sur la population mâle ( 15-35 ans) de Pleine-Fougères. Les prélèvements sont effectués durant l'automne. Cette première judiciaire sur une telle échelle en France est suivie de nouveaux tests ADN, notamment sur la tranche 36-60 ans du bourg breton, et généralisés aux délinquants sexuels de la région. Les tests se révèlent négatifs.

De faux témoignages en fausses pistes

II faut attendre le 13 février 1998, 17 mois après le drame, pour qu'un portrait-robot, réalisé sur la base des témoignages de trois personnes ayant aperçu à plusieurs reprises un homme rôdant autour de l'auberge de jeunesse, puisse être diffusé dans la presse. Il conduira à de nombreuses fausses pistes. Novembre 1998, la "piste nancéienne": une jeune femme violée en 1993, à Nancy (Meurthe et Moselle) déclare avoir reconnu son agresseur sur le portrait-robot. Juillet 1999: Après "la piste de Marseille" très vite abandonnée et plusieurs "affabulations" de la part de faux-témoins, les enquêteurs s'intéressent à "la piste d'Antrain", un témoignage sur la présence la veille du drame non loin de Pleine-Fougères, d'un homme ressemblant fortement au meurtrier présumé. L'hiver suivant, les enquêteurs étudient une nouvelle piste "intéressante", celle d'un ouvrier de chantier qui travaillait dans les environs de l'auberge de jeunesse lors du drame

Avril 2001, un enquêteur américain permet le dénouement

Juste un an après le remplacement du juge Van Ruymbeke, muté à Paris, par le juge Francis Debons, l'enquête connaît une avancée significative. Le 2 avril dernier, les enquêteurs français diffusent une liste de 48 personnes qu'ils souhaitent entendre comme témoins. Parmi celles-ci figure un ressortissant espagnol, présenté par l'hebdomadaire britannique Sunday Times comme un nouveau suspect. Dansle même temps, les parents de Caroline Dickinson lancent un nouvel appel aux Français pour les aider à retrouver l'assassin de leur fille en offrant une récompense substantielle. Mais c'est finalement grâce au bon réflexe d'un inspecteur américain des services de l'immigration qui a repéré le nom du suspect dans la presse britannique au cours de vacances à Londres que l'enquête va s'accélérer. De retour aux Etats-Unis, il a pris l'initiative de vérifier si le nom du suspect espagnol figurait dans une base de données du Service d'immigration et naturalisation (INS) américain. Grâce à ce simple reflexe, il a découvert que Francesco Arce Montes, 51 ans, avait été arrêté le 13 mars à Miami pour "comportement obscène" après une agression à caractère sexuel dans un hôtel de Miami, en Floride, où il s'était introduit dans la chambre d'une cliente.

Jeudi 12 avril, deux gendarmes français sont rapidement dépêchés aux Etats-Unis. Un juge américain les autorise à prélever deux échantillons d'ADN sur le suspect, mais le suspect s'y refuse, comme le lui permet la législation française. Samedi, les deux gendarmes remettent toutefois à Paris au laboratoire de la police scientifique un échantillon d'ADN prélevé par les Américains dans le cadre de leur propre enquête. L'échantillon fourni aux enquêteurs n'a pas été analysé par les experts américains. Les experts du laboratoire de police judiciaire de Paris, confirment que l'ADN du meurtrier de Caroline, recueilli sur les lieux du crime à Pleine-Fougères (Ille-et-Vilaine), correspond à celui de Francisco Arce Montes.

Par Alexandra Guillet le 15 avril 2001 à 09:02
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