Premier ministre en quête de "sens"

Par Philippe MATHON , le 18 avril 2001 à 22h24 , mis à jour le 17 avril 2001 à 22h50

Le Premier ministre s'est escrimé à stopper son désamour naissant avec les Français, jouant au chef de gouvernement modeste et au cohabitant modèle.

Jospin discours france 2 © INTERNE

Lionel Jospin a parlé. Mais pour dire quoi ? En réalité, rien que l'on ne sache déjà. Pour l'essentiel, une classique séance d'autosatisfaction avec, au bout du compte, la désagréable impression d'une opération bâclée. Confuse.

Qu'importe : après un séminaire gouvernemental présentant des "ajustements" aux contours abscons, Lionel Jospin avait besoin de "parler vrai" face aux Français. On peut douter de l'irrésistible intérêt de l'exercice. Mais pour le Premier ministre, l'intérêt était ailleurs : il fallait redevenir audible.

"Les Français, un peuple passionnant"

D'emblée, l'hôte de Matignon a tenu à prendre un peu de hauteur, lui qui, ces dernières semaines, a eu la fâcheuse tendance à se placer au cœur de la tourmente sociale. Lui qui, à lui seul, a essuyé les rancœurs de certains habitants de la baie de Somme inondée ou des ouvriers de Lu licenciés. Lui qui, fait rarissime, a copieusement enguirlandé des journalistes coupables, selon lui, de "manipulation" lors de son voyage au Brésil.

Il lui fallait donc panser des plaies encore béantes. Résultat ? Lionel Jospin est apparu moins sévère qu'à l'accoutumée. Ironisant même sur "les Français", ce "peuple passionnant qui a du tempérament" mais parfois dépourvu "du sens de la perspective". Avant de rajouter aussitôt : "Mais cela, c'est à nous de leur apporter"...

Discours du cohabitant modeste et modèle

Pour le reste, c'est-à-dire l'essentiel, rien de bien nouveau. Rien à se mettre sous la dent. Ni sur le taux de relèvement du Smic, ni sur la recette socialiste pour renchérir le coût des licenciements… Lionel Jospin avait rendez-vous avec les Français pour dire des choses simples : que son gouvernement, qui "ne s'essouffle pas", travaille toujours et encore, qu'il exercera son mandat tant qu'il aura "une majorité pour le faire" et que, "respectueux de l'indépendance de la justice", il juge "un peu solitaire" la démarche d'Arnaud Montebourg visant à traduire Jacques Chirac devant la Haute Cour de Justice.

Ce discours du cohabitant modeste et modèle ne l'a pas empêché de laisser grande ouverte la porte aux échéances de 2002. Bien au contraire. Concernant l'inversion du calendrier électoral, Lionel Jospin en a même appelé au général de Gaulle sur le ton : "Général, réveillez-vous, ils sont devenus fous !"

2002 ? "La question de ma candidature n'est pas tranchée"

Le Premier ministre s'est attardé de longs instants sur la prochaine présidentielle. Tout en affirmant "rester dans une phase gouvernementale". Une position pourtant intenable: à ce jour, aucun Premier ministre de cohabitation n'a pu remporter la présidentielle suivante, tant les coups sont rudes à Matignon.

Mais Jospin l'assure : "La question de ma candidature n'est pas tranchée (…) Je suis convaincu que la campagne se nouera et se jouera en quelques semaines, sur des questions essentielles dont les termes ne sont pas encore posés clairement aujourd'hui. Je peux être candidat, mais je n'en ai pas besoin. Cette question ne pourrait se poser que si cela est souhaité par tous ceux qui m'entourent, souhaité par les Français aussi d'une certaine façon et que si cela a un sens. Si ce n'est pas le cas, pour moi en tant qu'homme, en tant que responsable politique, ce n'est pas un problème". Avant de conclure : "Il serait illusoire de compter sur une nervosité particulière" de [sa] part à l'approche des échéances de 2002. Une précision, au cas où…

Photo : image France 2.

Par Philippe MATHON le 18 avril 2001 à 22:24
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