Une première mondiale contre la peine de mort

Par , le 11 avril 2001 à 18h20 , mis à jour le 11 octobre 2003 à 18h00

"Ensemble contre la peine de mort" organise à Strasbourg du 21 au 23 juin le 1er congrès mondial réclamant l’abolition mondiale de la peine capitale. Michel Taube, son président et auteur de la "lettre ouverte au peuple américain pour l'abolition de la peine de mort", fait le point avec tf1.fr sur les actions menées dernièrement.

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tf1.fr : Comment est née l’idée de ce congrès mondial contre la peine de mort ?

Michel Taube-

Michel TAUBE :
En juillet dernier, mon livre a été un succès mais ce n’était pas suffisant. Nous avons ensuite créé l’association pendant la campagne présidentielle américaine et lancé la pétition pour l’abolition de la peine de mort aux Etats-Unis. Le succès a été énorme avec plus de 500 000 signatures. Mais ce n’était pas encore suffisant. C’est là que nous avons décidé d’organiser ce congrès mondial.

tf1.fr : Pourquoi avoir focalisé votre 1re action sur les Etats-Unis et non sur un autre pays, comme la Chine par exemple ?
M.T. : Les Etats-Unis étaient en pleine campagne présidentielle avec le risque de voir George W. Bush, " Monsieur peine de mort ", s’installer à la Maison Blanche. Il fallait mobiliser l’attention internationale. C’est également plus facile d’agir dans une démocratie que dans une dictature. Sa victoire est malheureusement un symbole fort et inquiétant. Mais nous n’oublions pas les autres pays, notamment la Chine, l’Arabie Saoudite, la République démocratique du Congo ou encore l’Afghanistan.

tf1.fr : Avez-vous eu des réactions du gouvernement américain après la remise de la pétition ?
M.T. : Non. Mais nous avons reçu les remerciements des militants américains abolitionnistes qui se sentent encouragés dans leur combat.

"Notre objectif n’est pas de convaincre Bush"

tf1.fr : Faire plier le gouvernement américain sur un sujet qui n’est pas encore régi par le droit international, est-ce réellement possible alors qu’il n’hésite pas à revenir sur des engagements antérieurs comme le protocole de Kyoto sur l’effet de serre ?
M.T. :
Actuellement, notre objectif n’est pas de convaincre Bush car c’est impossible. En revanche,


"
George Bush,
M. peine de mort à la Maison Blanche"-
nous voulons utiliser sa présence à la Maison Blanche pour ouvrir le débat aux Etats-Unis. L’action internationale va permettre aux abolitionnistes de faire pression plus efficacement au sein de leur propre société. Quand Bush était gouverneur du Texas, il n’a jamais grâcié personne en pensant que le Texan moyen n’en avait rien à faire, voire n’était pas au courant. Nous voulons que cela ne soit plus le cas, quitte à laisser l’impression d’un sentiment d’ingérence.

tf1.fr : N’y a-t-il pas justement un risque de braquer les Américains ?
M.T. :
C’est vrai qu’ils n’aiment pas les reproches. Mais à l’instar de l’ingérence humanitaire, l’ingérence en matière des droits de l’homme est également un droit international. L’abolition est donc inévitable. Les Etats-Unis finiront par plier. L’Illinois a ainsi déjà déclaré un moratoire sur les exécutions. C’est un premier pas.

tf1.fr : Le congrès surviendra au début de la procédure d’extradition de James Charles Kopp, le militant anti-avortement qui risque a priori la peine de mort aux USA. Combattrez-vous une telle mesure si les USA ne donnent pas l’assurance qu’il ne soit pas condamné à mort ?
M.T. :
Nous n’avons aucune crainte sur ce sujet. La France s’est engagée internationalement à ne pas extrader un ressortissant s’il risque la peine de mort dans son pays.

"Il n’y pas de débat sur la peine de mort en France, et c’est tant mieux"

tf1.fr : En France, le débat sur la peine de mort resurgit périodiquement, notamment lors des procès de meurtriers d’enfants. Est-ce inévitable ?
M.T. :
On ne peut pas reprocher à une personne qui a perdu l’un de ses proches d’avoir un tel sentiment de vengeance. Mais en fait, il est très rare d’entendre les familles réclamer la peine de mort. C’est plus le fait de l’opinion publique, relayée par les médias.

tf1.fr : On pensait que les partisans de la peine capitale allaient utiliser le procès Guy Georges pour relancer le débat. Or cela n’a pas été tellement le cas.
M.T. :
En fait, contrairement à ce que l’on pense, il n’y pas de véritable débat sur la peine capitale en France. Et c’est une très bonne chose. Quand il refait surface, ce n’est plus du tout comme dans les années 70 où il s’agissait d’être pour ou contre l’abolition. Aujourd’hui, ceux qui parlent de rétablir la peine de mort ne sont que des démagogues.

tf1.fr : Estimez-vous que des films comme  "Dancer in the dark" ou des pièces comme


"Dancer in the dark", le film-choc-
"Coupable ou non coupable" fassent changer les mentalités ?
M.T. :
La culture est en effet utile pour faire passer des messages et défendre les valeurs humaines. La fin de "Dancer in the dark" est mieux qu’un long discours.

tf1.fr : Pensez-vous que les Français soient désormais fondamentalement opposés à la peine de mort ?
M.T. :
La tendance est mitigée avec en gros, 55 % de gens contre et 45 % pour. Il est intéressant de comparer ce chiffre à celui de nos voisins européens. En Italie, les opposants représentent 90 % et quasiment 100 % dans les pays scandinaves. Or ce sont des pays où la justice est moins axée sur la répression et sur la prison. Au contraire des Etats-Unis où plus la répression est dure, plus la criminalité est élevée.

Propos recueillis par

Par Fabrice Aubert le 11 avril 2001 à 18:20
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