© INTERNELes révisions de procès sont rarissimes en France
L'affaire Seznec
Trois quarts de siècle. Trois générations. 78 longues années de combat, de persévérance et de patience pour la famille Seznec. Et lundi, une lueur d’espoir. Marylise Lebranchu a annoncé avoir déposé le 30 mars une requête en révision du procès de Guillaume Seznec. Le 25 mai 1923, ce négociant en bois à Morlaix et son ami Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère, quittaient Rennes pour Paris en voiture où ils devaient négocier un contrat de vente de voiture américaine. Quémeneur ne réapparut jamais et Seznec revint seul à Morlaix. Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité au bagne de Cayenne pour le meurtre du conseiller général. Un meurtre qu'il a toujours nié. Gracié en 1947, après plus de 20 ans de bagne, pour bonne conduite, Seznec est mort en 1954.
Denis Seznec est le petit-fils du condamné. Agé d'une quarantaine d'années, il a consacré toute son énergie, toute sa vie à obtenir de la justice la réhabilitation de son grand-père. Le combat n'est pas encore fini, mais la requête déposée par la ministre représente un pas de géant vers le bout du tunnel. TF1.fr a recueilli ses réactions.
TF1.fr : Qu’avez-vous ressenti lorsque Marylise Lebranchu a annoncé avoir déposé une requête en révision du procès de votre grand-père ?
D.S. : La décision de la ministre en soit ne m’a pas surpris. Depuis 1985, elle milite pour la réhabilitation de mon grand-père. Convaincue de son innocence, elle avait annoncé en janvier dernier son intention de déposer une requête en révision de son procès. Ce qui me surprend, en revanche, c’est le très court délai que la Garde des Sceaux a mis pour constituer son dossier et déposer sa requête : Mme Lebranchu avait demandé un délai de cinq mois, elle n’en aura utilisé que deux. Je suis donc très confiant. Il s’agit d’une grande étape. C’est la première fois dans l’histoire de France que la Chancellerie demande la révision d’un procès. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’important, au final, c’est la décision que vont prendre maintenant les cinq hauts magistrats chargés d’examiner cette demande.
TF1.fr : Qu’avez-vous envie de dire à ces cinq hauts magistrats avant qu’ils ne se réunissent ?
D. S. : Je leur dirais, surtout ne pensez pas que l’on vous met dans l’obligation de condamner la justice. Ce qui est un crime c’est de ne pas reconnaître une erreur judiciaire. C’est difficile à faire, cela vous met mal à l’aise mais vous, magistrats, vous avez une chance historique. Il n'y a aucun précédent. Et après mon grand-père, vous n’aurez plus l’occasion de le faire. Si vous décidez de le réhabiliter, il sera l’unique cas dans l’histoire de France. Car avec la nouvelle loi sur la présomption d’innocence, il existe désormais l’appel des arrêts de Cour d’assises. Les accusés pourront avoir deux jugements populaires. Il vous sera alors impossible de désavouer deux jurys différents. 
Départ vers le Bagne de Cayenne-
Je leur dirais également que toute l’enquête a été faite par l’inspecteur Pierre Bonny. Que celui-ci a par la suite fait parti de la Gestapo. Qu’il a été fusillé après la Libération. Que juste avant, il a dit à son fils son regret d'avoir envoyé au bagne un innocent. L’opinion publique a déjà réhabilité mon grand-père. C’est au tour de la justice.
TF1.fr : La réhabilitation par la justice vous suffira-t-elle ou attendez-vous autre chose de l'institution ?
D.S. : La vrai logique voudrait que je retrouve l’intime conviction, c’est-à-dire que l’on engage une nouvelle procédure mais, qu’au final, ce ne soit pas des magistrats mais un jury populaire qui tranche. Comme lors du premier procès de mon grand-père, en 1924. Mais la seule réhabilitation de mon grand-père me suffira. Cette affaire est devenue un symbole de lutte contre les erreurs de justice.
TF1. fr : Tout au long de ce combat familial qui s'est étalé sur trois générations, quels sont les images ou les faits qui vous ont le plus marqué ?
D.S : C'est le retour de mon grand-père du bagne. C'est ma grand-mère sortant du Tribunal de Quimper, ruinée, obligée de placer ses enfants dans des institutions sous des faux noms. C'est la méchanceté de certaines personnes. On ne peut pardonner ceux qui font du mal à des innocents. Je ne suis pas un ténieux, mais je ne peux pas oublier. Les souvenirs, c'est également la lettre d'adieu de mon grand-père à sa femme, avant de partir au bagne, sachant qu'il ne la reverrait jamais plus. C'est aussi l'image de ma mère essayant de retrouver elle-même le squelette de Quémeneur. Je n'avais alors que douze ans. 
Guillaume Seznec-
TF1.fr : Si vous obtenez la réhabilitation de votre grand-père, vous poserez enfin les armes ?
D.S. : Non ! Je continuerai avec mon association France-Justice (www.multimania.com/fjustice) à me mettre au service d'un contre-pouvoir pour dénoncer les erreurs judiciaires. Les milieux associatifs sont souvent maladroits, mais ils sont efficaces car plus indépendants que quiconque : les institutions, la presse....
Ouvrages :
Denis Seznec a publié aux Editions Robert Laffont, Nous les Seznec, 3e ed. d'août 2000, et tout récemment Seznec, le bagne, mars 2001, dans lequel le petit-fils de Guillaume Seznec nous dévoile pour la première fois le contenu des archives de la prison de Cayenne, vieilles de 120 ans.
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