© INTERNEOctobre 1993. Sabrina vient de souffler ses 14 bougies. Elle habite un appartement de la cité des Eiders, dans le 19ème ardt de Paris. La jeune adolescente a un petit copain, Osmane, de cinq ans son aîné. Un soir, le 3 octobre exactement, Sabrina se rend avec son ami dans une des caves de la cité. Elle est d'accord pour avoir un rapport sexuel avec lui. Mais très vite, l'affaire tourne au cauchemar. Osmane décide de laisser Sabrina "à la disposition" de quatorze copains, âgés de 15 à 20 ans. Elle sera violée tour à tour par l'ensemble des jeunes gens présents. Dans les milieux judiciaires et policiers on appelle cela une "tournante", du côté des auteurs "les plans pétasses". Après ce drame, sept jeunes ont été arrêtés. Les trois plus jeunes ont été renvoyés devant un tribunal pour enfants. Quatre autres comparaissent à huis clos depuis hier devant la cour d'assises des mineurs. Les trois premiers pour viol, le quatrième, Osmane, pour non assistance à personne en danger. Ils sont aujourd'hui âgés de 23 à 28 ans. Leur sort sera connu lundi prochain.
Si l'affaire est jugée, c'est que Sabrina a porté plainte. Mais c'est aussi parce qu'elle s'est plainte qu'a eu lieu le second viol, en septembre 1994, et pour lequel dix accusés sont présents. Repérée un an après le premier viol par un de ses agresseurs alors qu'elle allait faire des courses à la porte de la Villette en autobus, Sabrina a été accostée par une dizaine de jeunes. Souhaitant la punir d'avoir porté plainte, ils ont entraîné l'adolescente de nouveau dans les caves de la cité des Eiders. Et re-belote. Ils la violeront tour à tour des heures durant. Quatre avaient déjà participé à l'agression précédente. Dénoncés par la victime qui en connaissait certains, tous ont nié, arguant qu'elle était consentante. Certains ont fini par avouer. Tous, accusés de "viol en réunion", ont été remis en liberté après plusieurs mois de prison.
Toujours la même histoire
Le procédé est toujours le même. Toujours aussi sordide. Un jeune séduit une adolescente, flirte éventuellement avec elle, avant de l'attirer - avec ou sans violence - dans une cave, un parking, un local à poubelles pour l'"offrir" à ses amis. Ces derniers l'obligent à tour de rôle - d'où le nom de tournante - à avoir des rapports sexuels et/ou à pratiquer des fellations. Parfois, les agresseurs violent la victime à deux ou à trois en même temps, ils appellent cela "la doublette" ou "la triplette". Les auteurs, le plus souvent âgés de 16 à 18 ans, légitiment systématiquement leurs actes par la réputation présumée de l'adolescente, qu'ils considèrent "comme une fille facile".
Un phénomène difficile à apprécier
Ces viols collectifs préoccupent de plus en plus éducateurs et magistrats spécialisés. Selon Maître Isabelle Steyer, avocate au barreau de Paris et présidente de l'association Viols femmes informations, il s'agit "d'un vrai phénomène de société" même s'il reste encore peu connu, du fait que nombre de victimes n'osent pas porter plainte. Cette affaire qui passe devant les Assises de Paris en est l'illustration parfaite. "Tu parles, on recommence!". Les peurs de représailles et la honte contraignent de nombreuses jeunes filles à se taire. "Quand elles portent plainte, elles sont harcelées (...), les parents doivent déménager, leurs voitures sont incendiées", indique Me Steyer.
Pour Jean-Pierre Rosenczweig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, ces jeunes "sont totalement inconscients de la gravité de leurs actes". "Dans leur relationnel, ces gamins ne connaissent que la pauvreté affective. On ne leur a jamais appris ou montré le respect. Comment voulez-vous qu’ils aiment les autres ? explique-t-il. Pour eux, les femmes ne sont que de la chair. Il vivent dans une autre culture, celle de la rue. Une culture dans laquelle il faut s’affirmer comme un chef ou sous-chef. Les moyens d’y parvenir sont la force physique, les armes, la drogue et le sexe. Une culture dans laquelle la femme n’a pas sa place, ou alors à l’horizontal. Il s’agit de jeunes coqs arrogants qui ne savent pas faire la différence entre "je désire" et "je prends".
Retrouvez l'interview de JP Rosenczweig, réalisé le 9 mars dernier sur TF1.fr
Trois petits viols et puis s'en vont
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