© INTERNEDébut de mandat en fanfare pour Jean-Paul Proust. Nommé voilà quelques semaines à la tête de la préfecture de police de Paris, l'homme doit gérer un premier dossier sérieux : une tentative d'espionnage des locaux du Canard enchaîné.
A la fin du mois de mars, l'hebdomadaire a surpris, devant son ancien siège parisien, la présence d'une personne photographiant à maintes reprises la façade de l'immeuble avant de repartir à bord d'un véhicule. Situé au 2, rue des Petits-Pères (Paris, 2e), l'immeuble abrite notamment le bureau de la journaliste chargée des affaires militaires. L'hebdomadaire ayant récemment raconté comment "plusieurs généraux français risquaient de se voir mis en examen pour avoir caché une bavure à la justice du Kosovo", il n'en fallait pas davantage au "Canard" pour affirmer mercredi que ces articles "ont mis à rude épreuve les nerfs des chefs militaires et ceux de la DPSD (Direction de la Protection et la Sécurité de la Défense, ex Sécurité militaire)". Ces même militaires qui auraient pu, selon le journal, "emprunter" le véhicule.
Détail croustillant : la voiture en question était dotée d'une plaque minéralogique correspondant à… la préfecture de police. A la direction des services vétérinaires, pour être plus précis. Rien d'étonnant, lorsqu'il s'agit "d'espionner" les faits et gestes d'un palmipède…
Démenti formel de la préfecture
Seulement, cette nouvelle n'a pas vraiment amusé Jean-Paul Proust. Dans un courrier adressé au "Canard", il affirme "très solennellement" qu'aucune autorité de la préfecture de police n'a "jamais demandé à un quelconque de ses subordonnés d'effectuer la moindre mission" aux abords de l'ancien siège du Canard, dont la vitre d'une fenêtre a par ailleurs été "craquelée", accréditant selon l'hebdomadaire la thèse de la préparation d'un cambriolage. Toutes affaires cessantes, une enquête administrative a été confiée à la police des polices (IGS). De son côté, le ministère de la Défense a affirmé qu'"aucune unité" de la DPSD n'est "concernée" par le forfait, précisant toutefois qu'une enquête interne a été ouverte.
Qui aurait pu commettre une telle imprudence ? Certains pensent déjà à une manip', à la réactivation de la guerre des services. Aux fameuses rivalités entre policiers et gendarmes qui empoisonnent l'atmosphère. Reste que le Canard enchaîné a toujours eu le don d'irriter : le 4 décembre 1973, alors que Raymond Marcellin occupait les fonctions de ministre de l'Intérieur, une équipe de la DST s'était fait surprendre dans ses locaux alors qu'elle y posait des micros. Cette affaire des "plombiers" avait fait scandale et plombé la carrière du ministre.
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