© INTERNELe général Paul Aussaresses, ancien responsable des services de renseignement à Alger, a admis avoir organisé l'assassinat du chef du FLN algérois Larbi Ben M'Hidi en 1957, affirmant avoir agi avec l'aval des politiques, notamment de "l'émissaire" du garde des Sceaux de l'époque François Mitterrand.
Dans un livre, "Service spéciaux, Algérie 1955-1957" (Perrin) - dont le Monde publie de larges extraits dans son édition de jeudi -, le général relate en détail l'exécution de Ben M'Hidi, après son arrestation dans la nuit du 15 au 16 février 1957 par les parachutistes du colonel Marcel Bigeard. Selon lui, le juge Jean Bérard, "émissaire" de François Mitterrand ministre de la Justice de l'époque auprès du général Massu, "était très excité à l'idée de cette arrestation et ne cessait pas de m'en parler". "Voyons, fit Bérard en appuyant bien chacun de ses mots, ce n'est pas à vous que j'apprendrai ça : tous les grands chefs ont une pilule de cyanure. C'est connu. Ce que me demandait Bérard qui représentait la justice, ne pouvait pas être plus clair", écrit le général.
![]() "Service spéciaux, Algérie 1955-1957" relate l'exécution de Ben M'Hidi - DR |
"J'ai été conduit à user des moyens contraignants…"
L'ancien responsable des services de renseignement, âgé aujourd'hui de 83 ans, reconnaît également l'assassinat de l'avocat Ali Boumendjel qui, selon la version officielle, s'était "suicidé" le 23 mars 1957 en se jetant d'un immeuble. Il admet en outre avoir personnellement pratiqué la torture "la première fois" sur un homme arrêté dans le cadre du "massacre du 18 juin 1955 à Philippeville".
"L'homme refusait de parler. Alors j'ai été conduit à user des moyens contraignants. Je me suis débrouillé sans les policiers. C'était la première fois que je torturais quelqu'un. Cela a été inutile ce jour là. Le type est mort sans rien dire. Je n'ai pensé à rien, je n'ai pas eu de regret de sa mort (...) Je n'ai pas eu de haine ni de pitié", écrit l'officier. Selon lui, l'utilisation de la torture "était tolérée, sinon recommandée". Le juge Bérard "nous couvrait" et "avait une exacte connaissance de ce qui se passait la nuit. J'entretenais les meilleures relations possibles avec lui et je n'avais rien à lui cacher".
Un procès à venir ?
Dans son livre, le général Aussaresses relate aussi des exécutions sommaires de prisonniers, notamment une soixantaine arrêtés après le massacre de civils européens près d'une mine de Philippeville. "J'ai fait aligner les prisonniers (...) j'ai été obligé de passer les ordres moi-même. J'étais indifférent : il fallait les tuer, et je l'ai fait".
Dans une interview au Monde, le général Aussaresses - dont les premières révélations sur les tortures en Algérie au mois de novembre 2000 avaient suscité un vif débat en France - indique avoir "à peu près tout dit" et "prend le risque" d'une action en justice. "Un procès ne me fait pas peur. Je redirais exactement ce que je vous ai dit et ce que j'ai écrit dans mon livre".
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