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Traditionnellement, sur les questions de politique étrangère, les deux têtes de l’exécutif, chef de l’Etat et Premier ministre, parlent d’une seule voix. Mais la perspective des présidentielles change la donne. L’Europe s’annonce comme un des thèmes majeurs de la campagne. Jacques Chirac a déjà lancé la bataille, il y a un peu moins de trois semaines, par le biais d’un forum de discussion ouvert sur le site de l’Elysée. Dans un texte de présentation, le chef de l’Etat se demandait "si le moment n'est pas venu de doter l'Union d'une Constitution". Il s’est ainsi placé d’emblée sur le terrain de la gauche. Une tactique qu’il avait déjà amorcée en février dernier, lors du sommet franco-britannique de Cahors, lorsqu’il avait évoqué pour la première fois une "fédération d'Etats-nations" – formule utilisée il y a plusieurs années par Jacques Delors et admise par les socialistes.
Chirac a pris une longueur d’avance
Le discours de Lionel Jospin "va trancher sur beaucoup d'autres, qui étaient des discours de mécanique institutionnelle" |
Partant avec un handicap de départ, alors que Jacques Chirac a déjà ouvert le feu, Jospin veut frapper un grand coup. Il a multiplié les entretiens et les consultations. Il a notamment reçu, lundi dernier, l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors ; et mercredi, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing. Il devait parachever son tour d'horizon en recevant dimanche l'ancien Premier ministre Michel Rocard, et le Monsieur Europe du PS, Henri Nallet.
"Un discours qui va surprendre par son audace"
Le suspense a été savamment entretenu, et les "fuites" soigneusement dosées. Pour le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, qui s’exprimait dimanche sur Europe 1, le discours que s’apprête à prononcer Lionel Jospin "va trancher sur beaucoup d'autres, qui étaient des discours de mécanique institutionnelle". Ce sera "un discours de sens, un discours de contenu, un discours de culture, un discours de civilisation pour l'Europe". Le ministre des Affaires européennes Pierre Moscovici a prédit de son côté que l’intervention du Premier ministre allait "surprendre par son audace et satisfaire par son réalisme". Mercredi dernier, il a même donné quelques pistes en évoquant "le contenu de l'Europe", la manière d'apporter "une réponse à la mondialisation" et le "contenant" que sont les institutions.
Reste à présent pour le Premier ministre à justifier cette longue attente – trop longue au goût de divers membres de son propre camp, comme Henri Emmanuelli, qui s’étonnait il y a trois semaines de "l'absence de propositions" du PS. Lionel Jospin n’a pas le droit à l’erreur.
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