La "méthode" Jospin à l'épreuve

Par Philippe MATHON , le 29 mai 2001 à 11h42 , mis à jour le 29 mai 2001 à 12h03

En faisant machine arrière dans le projet de loi sur la modernisation sociale, le Premier ministre a une nouvelle fois fait montre de sa capacité à éviter les conflits, entre reculade et pragmatisme politique.

[Expiré] [Expiré] jospin hue majorité plurielle © AFP

Finalement, le clash annoncé n'aura pas lieu. En acceptant la "main tendue" des communistes, Lionel Jospin évite in extremis la plus sérieuse crise de sa majorité plurielle depuis son arrivée au gouvernement, en 1997.

La décision a été prise tôt ce matin à Matignon par le Premier ministre au cours du traditionnel petit déjeuner hebdomadaire des chefs de file socialistes au Parlement. Ainsi, le vote solennel sur le projet de loi de modernisation sociale est reporté au mercredi 13 juin. Annonce faite par … Alain Bocquet, le président du groupe communiste à l'Assemblée. Autre signe du retour en grâce des hommes de la Place du Colonel Fabien : ce report répond exactement aux "deux semaines [de délai], par exemple" réclamées lundi soir par Robert Hue.

Le PCF, allié précieux… pour 2002

Pourquoi un tel recul ? Tout d'abord parce que ce vote risquait de mettre gravement en danger le gouvernement Jospin. La conjonction des voix de la droite et du PCF pouvait faire capoter un projet "dont personne à gauche n'a à rougir", selon Matignon. Une issue dévastatrice pour le gouvernement qui n'a encore jamais vu, en quatre ans, un de ses projets rejeté à l'Assemblée.

Allié encombrant, le PCF n'en est pas moins un allié précieux pour Lionel Jospin. Certes, dans le passé, les communistes se sont déjà opposés à la ratification du Traité d'Amsterdam et à l'inversion du calendrier électoral, mais ils avaient toujours reculé, optant au dernier moment pour l'abstention. Preuve qu'ils restent toujours moins "incontrôlables" que les Verts dans la perspective d'un second tour de l'élection présidentielle.

Jeu de dupes ?

Autre facteur à ne pas négliger : la décision du Premier ministre de reporter le texte n'est en réalité que l'illustration - une de plus - de la méthode Jospin. Une méthode empreinte de pragmatisme et vouée à la recherche effrénée du consensus. Parfois au prix fort : ce fut le cas lors de la crise des routiers l'an dernier. Mais pour Matignon, il convient d'afficher à tout moment un véritable désir d'ouverture et de dialogue. "Immobilisme", ne manquera pas de dénoncer la droite.

Reste une question : que va changer ce délai de quinze jours avant le vote du projet de loi ? Les communistes ont-ils apporté des garanties de bienveillance au gouvernement ? Une question brûlante : le 13 juin, il sera trop tard…

Par Philippe MATHON le 29 mai 2001 à 11:42
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