© INTERNEQui ne connaît pas, si ce n'est toute l'histoire, au moins les noms des principaux héros des Misérables ? Cosette, Jean Valjean, Thénardier, Javert… Des personnages d'une telle force qu'ils en sont devenus d'immortelles icônes. Des personnages d'une telle humanité qu'ils sont entrés dans notre vocabulaire courant. Près d'un siècle et demi plus tard, certains d'entre eux renaissent, grâce aux éditions Plon qui publient la suite du chef d'œuvre de Victor Hugo. Deux tomes, signés du journaliste et écrivain François Cérésa, qui ressuscitent Javert, l'ancien inspecteur zélé, font revenir Thénardier, le chafouin, et envoient Marius, l'époux un peu mièvre de Cosette, digne héritière de la grandeur de son père Jean Valjean, au bagne. Le premier volume, "Cosette ou le temps des illusions" sort aujourd'hui. Le second, "Marius ou le fugitif", est attendu en septembre.
Pourquoi une suite ? Pour Eric Laurent, directeur d'édition, interrogé par tf1.fr, "Ce roman d'Hugo a des résonances universelles qui permettent de transgresser les codes littéraires. Ecrire une suite était un formidable défi à relever. Pourquoi Cérésa ? Après avoir pressenti Bernard Clavel, nous avons finalement préféré soumettre le projet à un auteur plus jeune, François Cérésa, passionné du 19ème siècle et prêt à s'immerger dans cette époque". Surpris, ce dernier n'a pas accepté tout de suite la proposition. Puis, porté par l'enthousiasme et l'envie d'écrire sur le 19ème siècle, il s'est attelé à la tâche. Trois années d'écriture plus tard, il a remis 1200 pages. Enchanté du résultat, Plon en fait aujourd'hui une opération publicitaire et ne s'en cache pas : budget promotionnel de 2 millions de francs, 65 000 exemplaires déjà sortis des imprimeries, 300 000 francs pour l'auteur...
Hommage ou sacrilège ?
Imposture, opération marketing… Les hugoliens s'insurgent contre l'audace de François Cérésa. "Si Victor Hugo avait imaginé une suite à son œuvre, il l'aurait écrite lui-même" estime la Société des amis de Victor Hugo, qui souhaite interdire, par voie de justice si nécessaire, la parution de ce livre qu'elle considère comme "une contrefaçon à finalité purement commerciale et une atteinte à l'intégrité de l'œuvre". Pour Max Gallo "nous avons affaire à une imitation des procédés marketing actuellement en vigueur aux Etats-Unis. C'est comme si un tableau de maître était victime d'un faussaire. L'exécutant pourra avoir tout le talent qu'il veut, il n'empêche qu'il s'agit d'un faux". Pour d'autres, il s'agit d'un produit, pas d'un livre.
A ces invectives, François Cérésa ne souhaite pas vraiment rétorquer : il n'est pas touché, nous explique-t-il par téléphone. "Après avoir écrit dix romans et reçu six prix littéraires, je n'ai rien à répondre aux donneurs de leçons. Effectivement je récupère quelque chose, mais après j'invente complètement, je crée totalement l'intrigue" explique l'écrivain qui pour ne pas se sentir prisonnier de l'œuvre ou du style d'Hugo a préféré ne pas la relire. "Reprendre le ou les héros d'autres écrivains est une tradition qui remonte à l'Antiquité : l'Iliade, les chansons de Rolland, plus récemment les Trois mousquetaires d'Alexandre Dumas, ou encore mieux Blake et Mortimer dont j'adore suivre les nouvelles aventures alors que leur auteur est mort. Pour moi, les hugolâtres sont soit mus par la jalousie, soit des ayatollahs".
Finalement. Pour qui cela déplaît, nul n'est tenu d'acheter. Mais pour ceux qui ont adoré l'oeuvre d'Hugo, il serait vraiment idiot de se priver. Une fois plongé au cœur de l'intrigue, polémiques et préjugés s'envolent bien loin. Car il faut dire : ce roman, suite ou pas suite, est un bon roman.
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