Moretti et Haneke grands gagnants

Par Christophe ABRIC , le 20 mai 2001 à 15h00 , mis à jour le 20 mai 2001 à 20h25

L'exercice s'avérait difficile pour un jury qui avait à choisir entre de nombreux et excellents films. Mais le grand écart est réussi : "La chambre du fils" est Palme d'Or, "La Pianiste" gagne le Grand Prix et l'interprétation. David Lynch et Joel Coen méritaient amplement le prix de la Mise en Scène.

Moretti heureux Cannes 2001 © INTERNE

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Beaucoup soulignaient, ces derniers jours, à quel point établir le palmarès du 54e Festival de Cannes allait être pour son jury un exercice de grand écart. Beaucoup, beaucoup de bons films, qui avaient tous d'aussi bonnes raisons de gagner.

Le jury s'en est tiré à merveille. Il s'en trouvera sûrement pour lui reprocher de n'avoir pas pris de grands risques. Certes : les films qu'il a récompensé étaient parmi les plus attendus. Mais on ne peut pas l'accuser d'avoir été frileux ou consensuel : "La Chambre du fils" et "La Pianiste" méritent amplement leur prix et sont loin d'être des films faciles. Le grand écart est réussi, le palmarès ne pourra légitimement révolter personne. Ni le public, ni le gotha critique.

Justice est rendue à Moretti

Comme prévu par beaucoup, Nanni Moretti est le superbe gagnant de ce 54e Festival de Cannes. Son film, "La chambre du fils", avait été grand vainqueur à l'applaudimètre lors de sa projection dans le palais des festivals. Cette histoire d'une famille sans problème heurtée par la mort du fils avait bouleversé public et critique par sa justesse et sa sobriété. Le film était en outre une étape marquante dans la carrière d'un cinéaste qui se cantonnait jusque-là aux récits autobiographiques et ironiques : "Journal Intime" avait d'ailleurs manqué la Palme d'Or il y a quelques années. Justice est rendue à un cinéaste qui le mérite amplement, qui a su réconcilier jury, critiques et public.

"La pianiste" trois fois distinguée

L'autre grand gagnant est l'Autrichien Michael Haneke, lui aussi habitué du Festival, souvent reparti les mains vides. Son film "La Pianiste", qui n'avait laissé personne indifférent lors de sa projection, a été triplement récompensé. D'abord en remportant le Grand Prix, puis en voyant ses deux interprètes


Le talent d'Isabelle Hupert récompensé-
principaux décrocher le prix d'interprétation. Isabelle Huppert a été récompensée sans surprise. L'actrice, qui met depuis des années tout le monde d'accord sur son talent, a impressionné dans ce rôle de professeur de piano en proie à ses obsessions sexuelles, voyeurisme et auto-mutilation. Benoît Magimel, joue de son côté le jeune homme dont la pianiste tombera amoureuse, bouleversant sa vie réglée sur des névroses. Le fils Groseille de "La vie est un long fleuve tranquille" a bien grandi, est devenu un acteur reconnu, aux multiples facettes. Il mérite amplement ce prix, ne serait-ce que pour la cohérence de sa carrière.

Deux magiciens récompensés

Le prix de la mise en scène a été double : il est allé à deux habitués, deux lauréats de la Palme d'Or, et deux réalisateurs qui méritent amplement cette distinction, tant les films qu'ils ont présentés sont une réflexion enrichissante sur le pouvoir de l'image : David Lynch et Joel Cohen. Avec "Mullholand Drive", David Lynch a prouvé qu'il était un magicien de l'image et du son, un créateur d'univers unique en son genre. Ce film, dans la veine de "Twin Peaks" et "Lost Highway", est aussi dérangeant et complexe qu'éblouissant. Joel Cohen continue quant à lui, de jouer avec les genres : avec "The Man who wasn't there", il s'est essayé au film noir, filmant des personnages en noir et blanc, accentuant les contrastes, jouant sur le silence, avec la même maîtrise dont il avait fait preuve avec "Barton Fink" ou "Fargo".

Meilleur Scénario

Danis Tanovic a été récompensé pour son premier film, qui raconte l'histoire de deux soldats, respectivement serbe et bosniaque, qui se retrouvent coincés entre les lignes de front.

La Caméra d'Or

Le jury de la Caméra d'Or, qui récompense une première oeuvre indépendamment des sélections, a été le premier à se démarquer, en primant un film qui est non seulement le premier d'un réalisateur, mais aussi le premier d'un peuple. "Atanarjuat, l'homme rapide" est en effet le premier film écrit, produit, réalisé et interprété par des Inuits, peuple eskimo du nord du Canada. Le jury de la Caméra d'Or a donc été doublement audacieux, et ouvert, récompensant les premiers pas d'un peuple qui compte ainsi perpétuer, par le cinéma, sa tradition de transmission orale du savoir et des histoires.

Par Christophe ABRIC le 20 mai 2001 à 15:00
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