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Prison: "avec la politique de Lebranchu on va droit dans le mur"

Alexandra Guillet par
le 27 mai 2001 à 18h58 , mis à jour le 28 mai 2001 à 18h51.
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4min
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Crédits : INTERNE

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SociétéLa prison de Fresnes vient d'être le théâtre d'une prise d'otages parmi les surveillants. L'un d'eux est grièvement blessé. Christophe Marques, secrétaire général adjoint du Syndicat national pénitentiaire Force ouvrière s'est rendu sur place. Coups de poing, morsures, insultes : il dénonce sur tf1.fr les conditions de travail déplorables des personnels et la sourde oreille du ministère.

Tf1.fr : Etes-vous surpris par ce qui vient de se produire à la maison d'arrêt de Fresnes?

C.M. : Surpris ? Non. On s'aperçoit à nouveau avec ce drame que l'on travaille en totale insécurité dans les prisons. Là, il vient d'y avoir cette tentative d'évasion ratée. Mais dans tous les établissements pénitentiaires français il y a régulièrement des agressions. Et ça commence à devenir vraiment inquiétant. Rien que sur les 15 derniers jours, on dénombre une dizaine d'agressions sévères. Dans l'Est de la France, un surveillant a reçu de l'eau bouillante sur le visage. A Toulon, le chef du service pénitentiaire s'est fait mordre à la jambe par un détenu. D'autres, ailleurs, ont reçu des coups de couteau ou des coups de poing dans le thorax. A Fresnes aussi il y a des précédents : avec des débris de verre ou des coups de poings. Certains surveillants sont recouverts d'ecchymoses. Et malgré tout cela, une nouvelle fois, aujourd’hui, on se retrouve devant le fait accompli.

-TF1.fr : Pensez-vous que le cas de Fresnes aurait pu être évité?

Un détenu qui rentre en prison, c’est le dernier maillon de la chaîne. Son seul objectif: essayer de s’évader. Et en face, le surveillant est muni d’un sifflet, c’est tout. Il faut arrêter de nous parler des droits des détenus. A force, on en oublie ceux des personnels pénitentiaires.

C.M. : Le risque zéro n’existe pas. Fresnes fait partie des prisons où il y a des problèmes d ‘effectifs. Des problèmes structurels aussi. C'est vrai qu'il y a des filets anti-hélicoptères, mais vous voyez bien qu'ils n'empêchent pas de jeter un sac rempli d'armes. Il faut revoir le rôle du personnel de surveillance. Il faut mieux les prendre en considération. Ils sont très nombreux à être démotivés parce qu'ils ont l'impression qu'on ne les écoute pas.

Il faut également revoir la classification des détenus, car les surveillants se retrouvent de plus en plus face à des psychopathes, enfermés pour très longtemps entre quatre murs. Un détenu qui rentre en prison, c’est le dernier maillon de la chaîne. Son seul objectif, c’est d’essayer de s’évader. Et en face, le surveillant est muni d’un sifflet, c’est tout. Il faut arrêter de nous parler des droits des détenus. A force, on en oublie ceux des personnels pénitentiaires.

TF1.fr : Vous dépendez du ministère de la Justice, votre syndicat participe activement aux négociations en cours en vue de l'élaboration de la loi sur la réforme du système pénitentiaire. Qu'avez-vous envie de dire aujourd'hui à la Garde des Sceaux ?

C.M. : Depuis le temps que nous disons aux autorités de tutelles qu'il y a un problème de sécurité, il faudrait bien que l'on nous écoute un peu maintenant. Y en a marre d’écouter les beaux discours de Marylise Lebranchu, qui essaie de nous faire croire, à nous comme aux médias, que la loi pénitentiaire va tout régler. C'est faux. Lebranchu doit revoir sa copie. Il faut un vrai débat national. Les organisations professionnelles doivent être consultées. Le Premier ministre va débloquer 10 milliards pour la rénovation des prisons. Mais comment? Et qui parle de sécurité ? Si on fait abstraction de l'insécurité, des problèmes des banlieues qui se développent à l’intérieur même des prisons, on va droit dans le mur.

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