© INTERNEA Cannes, le jeu des pronostics commence toujours bien avant que tous les films en compétition aient été projetés. Le plus souvent, trois jours avant. Les festivaliers se lancent alors, épuisés par le rythme cannois, dans une belle bataille de critères, un tel estimant que les réactions du public à la fin des projections font la Palme, d'autres affirmant que tout est affaire de politique, quelques-uns rappelant qu'il faut prendre en compte la personnalité du jury, et plus particulièrement celle de son président. Histoire de ne pas faire de jaloux, nous ferons donc trois pronostics. Dans tous les cas, Moretti et Rivette partent tous deux favoris.
A en croire le public (et la critique)
A l'applaudimètre, les films de Moretti et de Rivette l'ont largement emporté
A l'applaudimètre, deux films se sont détachés lors des projections dans le palais des festivals. "La chambre du fils", de Nanni Moretti, qui a ému les festivaliers et "Va Savoir" de Jacques Rivette, qui les a emballés. Au sortir des deux projections, le public était bouleversé, troublé par Moretti, dynamisé par Rivette et surtout par son actrice Jeanne Balibar, qui donne sa grâce au film. Ce dernier élément peut faire penser que "Va Savoir" pourrait n'avoir que le prix d'interprétation pour Balibar, qui le mérite amplement. D'autant plus que le Moretti a des avantages… politiques.
Pensons politique
Cannes, festival international, a toujours travaillé le compromis et sait faire de sa Palme une distinction hautement symbolique. "La chambre du fils" apparaît, dans cette perspective, comme le grand favori : il est d'abord un film italien, pays dont le cinéma a connu un âge d'or Moretti a déjà loupé une Palme d'or. Le récompenser serait rattraper le coup et encourager la renaissance du cinéma italien
porté par le festival dans les années cinquante et connaît depuis plus de trente ans un inexorable déclin. Il commence seulement à relever la tête : lui offrir une palme d'or serait l'encourager. En outre, Moretti est un cinéaste à la carrière assez importante, qui avait déjà loupé la Palme avec "Journal intime". Ce film, qui a remporté les suffrages du public et de la critique, serait l'occasion pour Cannes de se rattraper.
On peut aussi penser à l'Asie, scène qui confirme chaque année sa force créatrice et qui a proposé dans cette édition un vaste et prestigieux florilège de son cinéma. "Millenium Mambo", de Hou Siao-Sien, a plu, et est l'œuvre d'un cinéaste au parcours constant, qui possède un véritable univers, très cohérent. Il pourrait provoquer la surprise.
Autre film qui pourrait profiter du critère "politique", Shrek. Il marque le retour d'Hollywood de manière bien plus fine que "Moulin Rouge" ainsi que l'entrée en force du film d'animation. Qui sait ? Mais récompenser Spielberg (producteur), ça n'est pas très cannois.
Et le jury ?
Le jury, cette année, est composé de quatre français, dont Matthieu Kassovitz, connu pour ne pas garder sa langue dans sa poche. Le réalisateur de "La Haine" et acteur du "Fabuleux destin d'Amélie Kassovitz pourrait chercher à compenser l'absence d'Amélie Poulain dans la sélection
Poulain" pourrait faire un pied de nez à la famille "Cahiers du Cinéma" en s'opposant à Rivette ou à un autre film trop "auteur". Il pourrait aussi privilégier le cinéma français, pour compenser l'absence du film de Jeunet dans la sélection officielle. "La chambre des officiers", de François Dupeyron, pourrait y gagner, d'autant qu'il a marqué le Festival. Mais Rivette a ses chances : dans son caractère optimiste, dans le fait qu'il soit porté par une actrice sublime, il pourrait profiter de l'effet Amélie.
Il faut aussi penser que Terry Gilliam, ancien Monthy Python, réalisateur onirique et déjanté, est membre du jury. Il pourrait avoir aimé Shrek (mais il n'aime pas le cinéma holywoodien) ou voter en faveur d'un autre frappadingue, David Lynch. Enfin, la présidente du jury, Liv Ulmann, est moins connue. Mais le film de Rivette n'est pas si loin du cinéma d'Ingmar Bergman, réalisteur et compagnon de l'actrice…
Outre ces trois critères, n'oublions pas que le jury aime créer la surprise. Et que certains films, projetés dans les derniers, peuvent tout chambouler. Comme "Les âmes fortes" de Raoul Ruiz avec Laetitia Casta, qui clôturera le festival ce soir. Ou comme "De l'eau tiède sous un pont rouge", de Shoei Imamura. Mais lui, la Palme, il l'a déjà eue deux fois. Alors…
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