Raddad, Turquin : auront-ils droit à un nouveau procès?

Par , le 14 mai 2001 à 17h16 , mis à jour le 12 mai 2001 à 17h56

La Commission de révision des condamnations pénales doit rendre aujourd'hui ses décisions sur les requêtes en révision formulées par Omar Raddad et Jean-Louis Turquin. Le premier avait été condamné en 1994 pour le meurtre de sa patronne, Ghislaine Marchal, et le second, un vétérinaire niçois, pour l'assassinat de son fils. Depuis le début, ils clament leur innocence.

omar raddad © INTERNE

La révision, mode d'emploi 
Maître Vergès est confiant pour Omar Raddad (itw)
Les révisions de procès son rarissimes en France

Pour Omar Raddad et Jean-Louis Turquin, ce lundi sera peut-être à marquer d'une pierre blanche. Les deux hommes n'ont rien à voir entre eux, ils ne se connaissent même pas, mais leur destin tragique va se croiser le temps d'une après-midi au palais de justice de Paris. Tout deux ont été condamnés pour meurtre dans des affaires distinctes. Tout deux clament depuis le début leur innocence et dénoncent l'erreur judiciaire. Tout deux, enfin, vont savoir aujourd'hui si leur condamnation pénale sera révisée devant une cour.

A partir de 14 heures, la commission de révision de la Cour de cassation, composée de cinq magistrats, se réunit pour faire le point sur les suppléments d'enquêtes ordonnés dans ces deux affaires. A la suite de quoi elle décidera si les nouveaux éléments apportés justifient ou non les demandes de révision. Quoi qu'il en soit, il ne s'agira pas de la dernière mais, en principe, de l'avant-dernière étape de la procédure de révision, puisque la commission, qui a un rôle de filtre, ne se prononcera pas sur la révision mais seulement sur la transmission ou non de ce dossier à la Cour de révision. A moins qu'elle n'ordonne un nouveau supplément d'enquête.

Affaire Raddad, la piste d'un 3ème homme


Omar Raddad à son procès-
L'examen du dossier Raddad, reconnu coupable en 1994 du meurtre de Ghislaine Marchal à Mougins (Alpes-Maritimes), sera l'occasion d'un exposé complet des différents éléments recueillis lors de l'enquête menée depuis un an par la commission. Omar Raddad, 38 ans, a toujours clamé son innocence. L'ancien jardinier marocain de Mme Marchal avait été condamné à 18 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises des Alpes-maritimes, mais partiellement grâcié par Jacques Chirac. L'inscription "Omar m'a tuer" en lettres de sang retrouvée sur le mur de la chaufferie, près du corps de la victime, avait conduit les enquêteurs vers Omar Raddad. L'enquête de la commission a permis des avancées mais n'a pas complètement levé le voile sur ce meurtre. Selon deux experts graphologues désignés par la commission, il n'est pas sûr que ce soit Mme Marchal qui ait écrit "Omar m'a tuer". Devant la cour d'assises, les expertises étaient plus affirmatives.

Seconde avancée : la trace de main laissée sur la porte comporte du sang de Mme Marchal mais aussi des traces d'un ADN masculin qui n'est pas celui de Raddad. Cependant, il n'a pas été possible de déterminer à qui appartient cet ADN masculin, découvert en décembre et décrypté en janvier, ni quand il a été déposé, ni s'il provient de résidus de sang ou de salive. Néanmoins, pour Me Jacques Vergès (lire l'interview), avocat de Raddad, la tenue d'un nouveau procès est "inévitable". De son côté, l'avocat du fils de Ghislaine Marchal, Me Georges Kiejman, estime que les résultats des analyses d'ADN "ne prouvent rien ni dans un sens ni dans l'autre". D'autres éléments de l'enquête devraient être évoqués devant la commission de révision.

Affaire Turquin, la piste israélienne

Jean-Louis Turquin, vétérinaire à Nice, avait été condamné le 21 mars 1997 pour l'assassinat de son fils Charles-Edouard dont le corps n'a jamais été retrouvé. Les cinq magistrats diront s'ils estiment que, depuis le procès, sont apparus "de suffisants indices sur l'existence de la prétendue victime de l'homicide", comme le dit la loi. Si tel est le cas, ils pourront transmettre le dossier à la Cour de révision.

Le 2 avril dernier, lors de l'examen, les avocats de M. Turquin ont soutenu que des témoignages permettraient de penser que l'enfant serait caché par sa mère en Israël. Pour obtenir la transmission du dossier à la Cour de révision, ou au moins un supplément d'enquête, ils ont principalement invoqué le témoignage d'une hôtesse de British Airways à Nice, qui connaissait Mme Turquin, et qui aurait contrôlé, après le procès, le passeport de Charles-Edouard, embarquant pour Londres avec une inconnue. Ils ont ajouté qu'un journaliste avait rencontré des commerçants israéliens qui affirmeraient avoir servi en 1995 Mme Turquin accompagnée d'un enfant. Autant de pistes qui n'ont pas semblé suffisantes à l'avocat général Jean-Yves Launay, pour lequel "toutes les pistes suivies pour retrouver l'enfant se sont révélées négatives et la thèse de l'enfant en Israël ne repose sur aucun élément sérieux".

Charles-Edouard a disparu à l'âge de 8 ans, le 21 mars 1991. M. Turquin a été condamné au terme d'un procès très critiqué, le président ayant été accusé de mener les débats à charge, mais au cours duquel Mme Turquin avait fait diffuser les aveux de son ex-mari, enregistrés à son insu.

Par Alexandra Guillet le 14 mai 2001 à 17:16
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