L'affaire Joly-Turcon atterrit Place Vendôme

Par Philippe MATHON , le 08 juin 2001 à 12h46 , mis à jour le 08 juin 2001 à 13h06

Suite aux révélations sur les mesures de surveillance dont ont fait l'objet plusieurs avocats de l'affaire Elf, le bâtonnier de Paris saisit la ministre de la Justice et demande au Conseil supérieur de la magistrature de trancher sur les "méthodes" employées par Eva Joly.

[Expiré] [Expiré] eva joly juge elf © AFP

L'affaire Elf n'en finit pas de rebondir. Parfois de manière étonnante. Dernier épisode en date : la décision de l'Ordre des avocats de saisir la garde des Sceaux, Marylise Lebranchu, sur les "actes d'investigation" d'Eva Joly à l'encontre d'avocats du barreau. Objectif déguisé : faire sanctionner la juge par le Conseil supérieur de la magistrature.

Cette "offensive" contrainte et forcée de l'Ordre des avocats est quelque peu motivée par la non-réaction, jeudi, du président du tribunal de grande instance de Paris, interrogé par le barreau sur les méthodes d'instruction d'Eva Joly. Prudemment, Jean-Claude Magendie a refusé de sanctionner la magistrate, expliquant, dans une déclaration alambiquée, que "ce n'est que dans le cadre juridictionnel, seul approprié, que la contestation pourrait être, le cas échéant, débattue à l'initiative des parties ou des juges". En clair : pas question de s'immiscer dans une affaire que tôt ou tard les tribunaux auront à juger.

Hasard du calendrier ?

Cette nouvelle bataille des avocats contre Eva Joly remonte à quelques jours. Mercredi 30 mai, la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris rend son jugement dans le volet Dumas de l'affaire Elf. Des condamnations lourdes sont prononcées à l'égard de six des sept prévenus. Simple coïncidence ou contre-feu opportun ? Le lendemain, l'un des avocats d'Alfred Sirven, Maître Eric Turcon, dénonce l'existence d'une "enquête" ordonnée par Eva Joly, l'un des juges chargés de l'affaire Elf, sur ses déplacements et ses communications au cours des derniers mois. "Indigné", l'avocat, soutenu par l'ensemble de ses collègues au procès Elf, affirme son intention d'utiliser "tous les moyens de droit à [sa] disposition afin de donner à cette affaire la suite qu'il convient". Aidé de son propre avocat, Eric Turcon saisit alors son supérieur hiérarchique, la bâtonnier Francis Teitgen, le "patron" des avocats parisiens.

L'affaire est donc entre les mains de la garde des Sceaux, Marylise Lebranchu. La ministre prendra-t-elle le risque de saisir le Conseil supérieur de la magistrature, l'organe de discipline des magistrats, au risque de se heurter à une levée de boucliers d'une corporation entière ?

Par Philippe MATHON le 08 juin 2001 à 12:46
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience