Attaqué, Jospin "charge" Chirac

Par Philippe MATHON , le 14 juin 2001 à 18h07 , mis à jour le 13 juin 2001 à 18h24

Agacé mercredi par la question d'un député de droite sur son passé trotskiste, le Premier ministre a refusé de répondre et lancé : "C'est quand même moins grave que de tarder à s'expliquer devant des juges". En réponse, Jacques Chirac en appelle à son "esprit de responsabilité".

jospin énervé © INTERNE

Un peu plus de 15 heures, mercredi. Le député Hervé Morin (UDF) interpelle Lionel Jospin sur les liens qu'il aurait conservés avec l'organisation trotskiste OCI jusqu'en 1982. Las d'avoir à revenir sur ce terrain glissant, le Premier ministre réplique, pincé : "J'ai répondu la semaine dernière, je m'en tiens là". Insuffisant pour la droite qui manifeste son mécontentement. Alors, Lionel Jospin se fait menaçant : "Messieurs, si vous continuez dans cette thématique, chacun aura à se justifier sur ce qu'il a dit ou pas dit".

Soudainement, son visage devient blême. Il baisse le regard et lance une phrase qu'il manque de réprouver : "J'ai peut-être tardé à m'expliquer devant des journalistes, c'est quand même moins grave que de tarder à s'expliquer devant des juges", lance-t-il en frappant le micro, rageur. Ses ministres restent sans voix.

Haro sur Jospin

En revanche, les services de Jacques Chirac n'ont pas tardé à réagir. Dominique de Villepin, le secrétaire général de l'Elysée, a immédiatement appelé le directeur de cabinet du Premier ministre, Olivier Schrameck, pour lui indiquer "le vif étonnement du président de la République à la suite des propos tenus par le Premier ministre devant la représentation nationale, alors même que le président défendait à Bruxelles les intérêts français auprès de nos alliés au Conseil de l'Otan et que tous deux participeront demain au Conseil européen de Goeteborg". "Le président a rappelé la nécessité de ne point céder aux polémiques et de faire prévaloir en toutes circonstances l'esprit de responsabilité", a conclu l'Elysée.

Car l'air de rien, le Premier ministre a déterré la hache de guerre judiciaire. Se gardant longtemps de toute attaque concernant le justiciable Chirac et les affaires, il a réussi le désastreux exploit de se mettre à dos les députés de droite et certains de son propre camp, à un moment où, victoire politique s'il en est, il avait réussi à obtenir in extremis le vote communiste pour le projet de loi de modernisation sociale.

Comme à l'accoutumée, François Hollande a accouru pour éteindre l'incendie. "Si l'opposition veut faire dans la polémique basse, je crois que nous devons nous garder de tomber à ce niveau, mais nous devons lui rappeler que c'est toujours possible d'être marécageux", a-t-il affirmé, sans grande conviction.

Les réactions

Maxime Gremetz (député PCF) : "C'est mesquin, c'est un aveu de faiblesse. Il ne faut pas qu'il se place sur des bassesses dans le contexte de l'élection présidentielle. Sinon il perdra."

Alain Bocquet (président du groupe PCF) : "C'est un mouvement d'humeur compréhensible". "Tout le monde est irritable, y compris le Premier ministre. Toutes ces questions sur le passé des uns et des autres, ça n'intéresse pas les Français. Ce qui les intéresse, c'est les emplois-jeunes, la lutte contre les licenciements...".

Noël Mamère (député Vert) : "Il a eu raison de se lâcher mais il faudrait encore que ses paroles soient suivies d'actes".

Philippe Douste-Blazy (président du groupe UDF) : "Il a dérapé, de toute évidence".

Jean-Louis Debré (président du groupe RPR) : "Chaque fois qu'il a une questions embarrassante, il pète les plombs, il n'est plus maître de lui, il est nerveux, il est excité, il est agressif. C'est très inquiétant pour quelqu'un qui veut assumer d'autres responsabilités".

Claude Goasguen (porte-parole de Démocratie libérale) : "Le Premier ministre a dérapé, il a dérapé gravement", a dit le député de Paris, avant de lancer: "qu'il reste candidat à l'élection présidentielle, mais alors qu'on change de gouvernement et qu'on change de Premier ministre!"

Philippe de Villiers (MPF) : "Quand on est un responsable public et qu'on a été une taupe, on peut difficilement être candidat à l'élection présidentielle. Et quand on est un responsable public et qu'on est aux prises avec la justice, il faut s'expliquer, surtout quand on est candidat à l'élection présidentielle. Les deux sont graves".

Par Philippe MATHON le 14 juin 2001 à 18:07
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