© INTERNEIls allaient prêcher l’Evangile au milieu des usines. Ils vivaient avec les ouvriers, partageaient leurs espoirs et leurs colères, assistaient aux grèves et aux manifestations aux côtés des militants de FO, de la CGT et du PC. C’était l’âge d’or des prêtres-ouvriers, dans l’immédiate après-guerre. Aujourd’hui, la situation a radicalement changé. Directement victime de la mondialisation de l’économie, frappé par une grave crise des vocations, menacé de vieillissement, le mouvement se cherche. Réunis pendant trois jours à Strasbourg, de samedi à lundi, 450 prêtres-ouvriers venus très majoritairement de France et d'Europe, mais aussi d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie, vont tenter de redresser le cap. Le secrétaire national des prêtres-ouvriers, Pierre Niobey, dont le mouvement est à l’origine de cette réunion, estime que l’Eglise a toujours autant besoin de bonnes volontés pour apporter l’Evangile au cœur du monde ouvrier. Il s'en explique sur tf1.fr.
tf1.fr : Quel est l’avenir des prêtres-ouvriers ?
Pierre Niobey : La vraie question pour nous n’est pas de savoir s’il y aura encore, demain, des prêtres-ouvriers, mais plutôt de savoir si l’Eglise enverra encore des hommes et des femmes vivre l’Evangile au cœur des réalités des travailleurs. Les prêtres-ouvriers sont nés à un moment donné de l’histoire, après la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’Eglise a pris conscience du mur qui la séparait des travailleurs. Il est apparu nécessaire alors que les prêtres quittent les presbytères et les églises, aillent se salir les mains sur les chantiers, pour annoncer l’Evangile aux ouvriers dans leur propre langue. Plus que l’avenir d’un corps, c’est cette intuition qui doit être préservée – cette intuition que l’Evangile est une force révolutionnaire. C’est lorsque l’Evangile devient ainsi un souffle libérateur qu’il atteint véritablement son but.
tf1.fr : Mais la mondialisation de l’économie ne met-elle pas en péril l’ensemble de votre action ?
Pierre Niobey : C’est le problème majeur qui nous occupe. Aujourd’hui, la classe ouvrière existe toujours ; les frontières habituelles se déplacent, mais l’exploitation reste la même. Face à cela, notre question est : quelle est notre place aujourd’hui, en tant que chrétiens et en tant que prêtres ? Quels chemins devons-nous emprunter pour que l’Evangile puisse continuer à être annoncé dans ces nouvelles conditions ? Que faire pour que l’argent ne soit pas la seule valeur qui domine le monde – et pour que l’homme, cessant d’être l’objet de l’économie, puisse revenir au centre de l’économie ?
tf1.fr : Pour savoir comment agir dans un monde qui change, l’Eglise catholique aurait-elle besoin d’un Vatican III ?
Pierre Niobey : Bien sûr. Encore faudrait-il que ce ne soit pas seulement une réunion de spécialistes qui se penchent de très loin sur la condition humaine. Un tel concile devrait, comme Vatican II à son époque, prendre en compte les vraies questions des hommes, leurs espoirs, leurs joies, leurs souffrances. La classe ouvrière a changé, le monde a changé – de nouvelles problématiques ont émergé, comme, par exemple, toutes les questions liées à l’environnement et au rapport à la nature… Toutes ces questions, il faut les revoir aujourd’hui, et réfléchir aussi à la manière dont l’Eglise doit se comporter dans le monde.
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