© INTERNEHina est originaire du Bihar, l’un des Etats les plus pauvres de l'Inde. Elle est en France depuis presque neuf mois lorsqu’elle est retrouvée le 5 septembre 1999 dans une rue du 15ème arrondissement par un inconnu parlant Indi. Un couteau à la main, elle cherche "la mer", comprenez la Seine, pour se suicider.
Emmenée au commissariat, elle raconte, terrorisée, sa vie de servante esclave chez ses patrons. Des diplomates indiens. Tous les jours, de 6 heures du matin à minuit, les mêmes tâches, nettoyage, cuisine…. Sans un sou. Convoqué au commissariat, son patron demande aussitôt à la reprendre, mais devant l’état de panique d’Hina, les policiers refusent et la confient au CCEM. Le temps que l’enquête se fasse, la petite, qui a 17 ans mais en paraît 14, est placée chez des religieuses.
Blessures au sexe
Mais Hina ne va pas bien. Deux jours plus tard, un automobiliste la retrouve baignant dans son sang au pied du mur du couvent. Elle a tenté de se suicider. Bilan : deux talons enfoncés et deux vertèbres lombaires cassées. Transférée à l’hôpital Cochin, c'est le professeur Debré qui la reçoit. Immédiatement il l’opère de blessures au sexe, remontant visiblement à plusieurs jours. Il n’a jamais vu de telles lésions. Il s’insurge devant les médias. Hina expliquera plus tard qu’un docteur, en présence de son patron, lui avait "coupé le bas du ventre pour qu’elle ne puisse pas avoir d’enfants".
Immunité diplomatique
La justice ouvre alors une information judiciaire, mettant du même coup Hina sous sa protection. Problème : l’employeur de la jeune fille est couvert par l’immunité diplomatique. Il refuse de se présenter devant le juge. La presse et les autorités indiennes s'en mêlent et demandent le retour d’Hina au pays pour que le procès de ses tortionnaires ait lieu en Inde, dans son pays. Mais il n’en est pas question, Hina est mineur.
Très vite, le CCEM se retrouve accusé par l'Inde d'être l'auteur de ces mutilations horribles sur le sexe d'Hina ! Alors que l’Inde et la France sont en train de se rapprocher sur le plan économique, l’affaire manque de tourner à l’incident diplomatique. Et la petite servante devient otage de la géopolitique. Toutes les procédures judiciaires ont échoué. Pas une seule fois, le diplomate en question n’aura été inquiété. Aujourd'hui, Hina est toujours en France. Quelque part. Confiée à l’aide sociale à l’enfance, elle a entrepris d’apprendre le français et va à l’école.
"Esclaves en France" est paru aux éditions Albin Michel, 200 p. Prix : 95 frcs. Préface de Robert Badinter.
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