Jospin : "Je n'ai pas le goût de l'aveu"

Par Philippe MATHON , le 06 juin 2001 à 08h59 , mis à jour le 06 juin 2001 à 09h21

Interrogé mercredi matin sur Europe 1, le Premier ministre a relativisé son "expérience de la radicalité" au sein d'un mouvement trotskiste dans les années 60. L'occasion également pour lui d'appeler sa majorité plurielle à "voter les textes" du gouvernement jusqu'en 2002, date à laquelle une victoire de la gauche à la présidentielle ne lui paraît pas "hors de propos".

HP Jospin © INTERNE

Son expérience trotskiste ? "C'est l'itinéraire d'un homme il y a 30 ou 40 ans. Une évolution personnelle et historique. Tant qu'on en parlait pas publiquement, je n'avais pas de raisons de m'expliquer." Après ce préambule, Lionel Jospin s'est exprimé durant plus de trente-cinq minutes (au lieu de 20 minutes prévues), mercredi matin sur Europe 1. 

tf1.fr vous propose un tour d'horizon des thèmes abordés.

Pourquoi avoir "caché" ce passé ?

"C'est vrai qu'une fois je me suis laissé aller à une dénégation. [NDLR : allusion à une interview accordée en avril 1995 au quotidien Le Monde, dans laquelle il affirmait : "Je n'ai jamais été trotskiste mais la rumeur est née de la confusion avec mon frère Olivier"]. (...) J'ai cru de bonne fois qu'il s'agissait de mon frère qui était, lui, un vrai militant au sein de l'OCI. Moi, je n'avait que des contacts."

"Je ne suis pas de la culture de la confession. Je n'ai pas le goût de l'aveu. (...) Il faut se rappeler l'époque : le PC était plutôt Stalinien et le PS n'existait pas encore. Le hasard, les rencontres ont fait que… (...) Mes échanges avec les trotskistes étaient tout à fait passionnants."

Trotskisme et PS :

Interrogé sur la poursuite de ses relations avec le mouvement trotskiste après son entrée au PS, il a indiqué qu'il "avait eu des contacts, des discussions individuelles avec très peu de gens pendant une période." Cette "démarche intéressante et stimulante n'a pas empêché que j'exerce mes responsabilités."

Rappelant sur Europe 1 qu'il avait d'abord été "militant puis secrétaire national du PS" avant de le "diriger", le Premier ministre a affirmé qu'il était "pleinement socialiste" dès son entrée au PS en 1971, tout en indiquant qu'il avait eu des "contacts" avec "très peu de gens" de l'OCI "pendant une période."

2002 :

Candidat en 2002 ? : "Ces décisions seront prises au début de l'année 2002." "Je ne crois pas, si on regarde la cote des personnalités de gauche, si on regarde la cote des partis, si on regarde les intentions de vote pour les législatives ou l'élection présidentielle, je ne pense pas que cette question d'une victoire possible de la gauche soit hors de propos."

"Nous devrions gagner si nous sommes capables de poursuivre sur le mouvement que nous avons lancé, de rester unis et puis naturellement de proposer un nouveau contrat aux Français. Je pense que ce serait logique."

Gauche plurielle :

Lionel Jospin: la majorité doit "voter les textes" jusqu'à la fin de la législature, en soulignant qu'en quatre ans, cette majorité "ne lui avait jamais fait défaut."

"Il faut voter les textes, c'est clair. A partir du moment où on ne vote pas les textes, on risque d'ouvrir des processus de crise politique. J'ai parlé aux différents responsables de la majorité plurielle, séparément et ensemble, pour leur dire que si certains avaient la tentation de s'en sortir mieux, alors que notre bilan collectif est bon, par la différence, la surenchère, ou la critique de l'autre, cela affecterait l'ensemble et affecterait chacun. Les Français ont apprécié dans la majorité plurielle sa diversité et son unité." "Il faut continuer. Cette majorité ne m'a jamais fait défaut depuis quatre ans au plan parlementaire, il faut que cela continue pendant la dernière année."

Loi anti-licenciements :

Rappelant qu'il souhaitait "un équilibre" sur les mesures anti-licenciements, Lionel Jospin a affirmé qu'il ne pouvait pas les "interdire."

Confronté au refus de certains, au sein de sa majorité, d'approuver le texte, le Premier ministre se veut optimiste : il a indiqué qu'il pensait trouver un accord avec le PCF. "Comme nous avons amélioré le texte, je pense que nous aurons un accord. Si ce n'était pas le cas, on aurait une vraie difficulté politique."

Le Budget de l'Etat

Le Premier ministre Lionel Jospin a assuré mercredi que le gouvernement entendait dans le prochain budget poursuivre la réduction des déficits publics de la France et continuer sa "politique réformatrice", en dépit du ralentissement de la croissance. "Nous nous efforçons de tenir compte de la conjoncture, mais la politique d'un gouvernement n'est pas simplement l'application de la conjoncture." La politique réformatrice du gouvernement se poursuit."

"Le budget 2002, nous le conduirons comme nous le faisons, en permettant de financer les grandes options de l'Etat et, en même temps, en permettant que continue de se réduire le déficit public de la France." "Le gouvernement respectera "bien évidemment" ses  ses promesses en matière de baisses d'impôts."

Alors que l'opposition accuse déjà le gouvernement de vouloir "gonfler les recettes et de minimiser les dépenses" en 2002, laissant à la charge de son successeur le soin de trouver les moyens d'exécuter le budget, M. Jospin a nié en bloc. "D'abord parce qu'il est possible que ce soit nous (qui soyons au gouvernement en 2003), auquel cas ce serait une politique de Gribouille; et d'autre part, nous n'avons pas à laisser à nos éventuels successeurs je ne sais quelles ardoises."

Ses propositions sur l'UE

"J'ai l'impression que la position que j'ai essayé de définir est au centre de gravité du débat européen, et sera utile au consensus final."

Jugeant que son projet sur l'avenir de l'Europe avait "retenu le soutien des socialistes et intéressé les commentateurs en France", le Premier ministre a réaffirmé qu'il a voulu adopter "une démarche qui soit ambitieuse, mais qui soit aussi réaliste."

1997-2001 : le bilan du gouvernement

"Il faut continuer de travailler comme nous l'avons fait. Le gouvernement a tenu ses engagements, que ce soit sur l'emploi, la réforme sociale, la modernisation de la société, la Corse. "Nous agissons de bonne foi pour tenir nos engagements et nous avançons."

Par Philippe MATHON le 06 juin 2001 à 08:59
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience