La maladresse postale de l'équipe Tiberi

Par Philippe MATHON , le 11 juin 2001 à 20h32 , mis à jour le 11 juin 2001 à 20h46

Faute d'avoir renvoyé les documents nécessaires à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques lors de la création de sa formation "Ensemble pour Paris", Jean Tiberi et ses amis élus dans la capitale lors des récentes municipales pourraient voir leur élection annulée.

[Expiré] [Expiré] Tiberi qui vote © AFP

Nouveau nuage sur Jean Tiberi. Quelques jours après son passage dans le bureau du juge en charge de l'affaire des faux électeurs du Ve arrondissement de la capitale, l'ancien maire de la capitale pourrait perdre le peu qu'il lui reste : son fauteuil de maire du Ve et de conseiller de Paris.

L'histoire semble tellement simple qu'elle laisse rêveur. Viré du RPR, Tiberi crée "Ensemble pour Paris" en vue des municipales. Cette formation n'est pas encore un parti politique. Pour le devenir, il suffit à l'équipe Tiberi de répondre au courrier - de simples questions - nécessaire à l'obtention de l'agrément de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CCFP). Formalité qui n'a pourtant pas été accomplie, en dépit des relances de la CCFP.

Dialogue de sourds

Résultat : en mars, à la date des municipales, "Ensemble pour Paris" n'a toujours pas l'agrément nécessaire. Juridiquement, donc, la formation n'est pas un parti politique et elle n'est pas habilitée à financer sa campagne électorale. Le 18 mai, nouveau courrier de la CCFP : toujours pas de réponse des tibéristes. Le 6 juin dernier, la commission des comptes tire la sonnette d'alarme.

"Dès lors, explique la CCFP dans un courrier adressé le 6 juin aux listes tibéristes, les sommes prises en charge par cette organisation (Ensemble pour Paris), réparties entre les divers arrondissements, pourraient être qualifiées de dons de personnes morales, formellement proscrits par l'article 52.8 du code électoral". "Votre compte de campagne, poursuit-elle, serait donc susceptible de faire l'objet d'un rejet et d'être soumis au juge de l'élection". Autrement dit : le tribunal administratif pourrait prononcer l'invalidation de l'élection des tibéristes.

Une première en politique

Un funeste présage manifestement entendu : curieusement, pour la première fois, Vincent Reina, secrétaire d' "Ensemble pour Paris", se rend le 8 juin dans les locaux de la CCFP pour transmettre les documents réclamés depuis plusieurs mois. Pour justifier son retard, il invoque des problèmes de boîte postale, évoque la confusion entre deux adresses : la première, une boîte postale à l'Hôtel-de-Ville, et la seconde, l'adresse de la permanence électorale de Jean Tiberi, 14 rue François-Miron (IVe), à deux pas de l'Hôtel de Ville.

La CCFP va-t-elle fermer les yeux et passer l'éponge ? Rien n'est moins sûr. Même si, à la Commission, on ne cache pas le "problème" posé par cette affaire, on semble résolu à ce que la loi passe. L'oubli, si futile soit-il, pourrait donc plonger les tibéristes dans des abîmes. Tiberi destitué de son fauteuil de maire du Ve, Legaret connaissant le même sort dans le Ier… Cela ne manquerait pas de sel. "Ce serait la première fois qu'un parti n'a pas l'agrément au moment d'une élection", affirme-t-on à la CCFP.

L'enjeu est de taille : si, à la suite de ce rejet, l'élection de M. Tiberi et des autres têtes de listes était annulée par la justice administrative, ceux-ci seraient remplacés par le candidat suivant sur leur liste. Pour l'heure, les tibéristes devraient arguer de leur bonne foi et assurer que c'est un simple problème d'échange de lettres. De son côté, la Commission attend une réponse écrite avant de statuer. La mention "N'habite pas à l'adresse indiquée" fleurira-t-elle bientôt chez les tibéristes ?

Par Philippe MATHON le 11 juin 2001 à 20:32
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience