© INTERNENous l'appellerons Olivier. Il a 28 ans. Installé dans la vie professionnelle, presque marié, il attend un heureux événement pour la rentrée prochaine. Une vie en apparence douce et paisible. Et pourtant, de 15 ans jusqu’à l’âge de la majorité, alors qu'il était en pensionnat, il a subi les agressions sexuelles à répétition de son éducateur. Aujourd'hui, plus de dix ans après les faits, il souhaite témoigner.
A l’adolescence, Olivier, qui souffre d’une structure familiale bancale (père à l’étranger, mère souffrante) est envoyé en internat. Après un an, il demande à changer d’établissement pour passer un BEP avec l'option "jardin, espace vert". Dès la rentrée, en plus des cours, Olivier voit une psychologue. Une heure par semaine. Séance obligatoire. "En quatre ans, je ne lui ai jamais parlé de mes problèmes avec l'éducateur. Parce que je n'avais pas confiance en elle et parce que j'étais convaincu d'être en faute".
Peut-être aussi parce que la première fois que les attouchements ont commencé, c’était après un de ces fameux rendez-vous. "C’était un lundi soir. Comme je ne rentrais qu’après le dîner, le lycée me gardait toujours un plateau repas. Mon éducateur, qui habitait dans l'école, m’attendait au réfectoire. Un soir, alors que je mangeais, il a voulu me tripoter. Je ne me suis pas laissé faire. Je lui ai tiré les cheveux pour le stopper, c'est là que je me suis retrouvé avec une perruque dans la main. Il était complètement chauve !" Il a arrêté……une semaine.
La confusion des sentiments
Olivier ne se souvient pas, ne comprend pas comment tout a basculé. A cette époque, son père est aux abonnés absents. La santé de sa mère s’aggrave. Il est inquiet, en manque d’affection. Il va sur ses 15 ans. Au pensionnat, au début il reste régulièrement à l’écart des autres élèves. C’est un jeune homme de la ville, ils sont de la campagne. Rupture de langage. Rupture de culture. Et puis il n’est pas bien grand, ni bien fort, et là-bas les coups partent vite. Son éducateur le protège, lui donne l’affection, la sécurité dont il a besoin, c’est son "chouchou".
Mais cette affection, l’éducateur en use et en abuse. "Il savait que j'étais faible psychologiquement. Il connaissait mon dossier Il a abusé toutes les semaines de ma détresse, dans son bureau ou dans sa chambre. Et je n’ai pas su dire non". A chaque rentrée scolaire, le scénario recommençait : "Il trouvait un motif pour me convoquer". "Ca a duré quatre ans. Il a changé ma vie. J'avais honte. Pour moi, j’étais le seul en faute puisque c'était toujours lui qui me faisait des fellations. Et puis il avait acheté mon silence avec de l’argent. Un jour, dix francs, l’autre 20, l’autre 30. A 15 ans, c’est énorme. Entre le bien et le mal, j’étais paumé".
La délivrance des 18 ans
"Lorsque je lui disais que je voulais arrêter, il me rétorquait que tout allait se savoir. Je ne voulais surtout pas. Comment pouvais-je savoir qu’il bluffait? A l’époque, les médias ne parlaient pas de ces choses là. Le manège a duré jusqu'à ma dernière année au pensionnat. Le jour où j'ai eu 18 ans, tout s'est stoppé net. Je savais qu'il n'avait désormais plus aucun droit sur moi. J’ai arrêté les cours. On ne s'est plus jamais revu".
Olivier attendra de nombreuses années pour porter plainte. L’été 98. "J'avais 25 ans. L’actualité s’est mis à regorger d’affaires pédophiles. J'ai réalisé que je n'étais pas coupable mais victime. J'ai appelé le commissariat. Ils m'ont convoqué le lendemain. C'est l'histoire de la perruque qui les a convaincu".
Mais sa plainte n’inquiètera jamais son éducateur. A l’époque, le droit se perd en distinctions subtiles. Comme il n'y a pas eu pénétration mais attouchements sexuels, la prescription des faits est de trois ans et non de dix. "Ils l'ont juste mis en garde à vue pendant 48 heures". "Ce qui est rassurant dans cette histoire, se dit Olivier, c'est qu'il a tout reconnu. Ce qui l’est moins, c'est qu'il a tout reconnu sachant qu'il y avait prescription et qu'il ne craignait rien. "J'ai la haine contre lui. Le jour où il sera mort, j'irai retourner sa tombe".
" J’en veux à l’école "
Quand il a porté plainte, son école n’a rien dit. "J'en veux à l'école. Ils l'ont couvert. Ils l'ont viré soit disant parce qu'il faisait boire des élèves. Il n’a jamais bu ou quasiment pas. Ils ne m'ont jamais appelé, ni ne se sont jamais excusé. Aujourd’hui Olivier s’accroche. Dans l’ensemble "ca va ", mais de temps en temps il rechute : "Il y a des jours où j'ai envie de pleurer, de péter les plombs, de me suicider. Mais en même temps, j'ai un métier, j'ai une femme, alors j’avance". Il s’interroge : "Est-ce que cette histoire sortira de ma tête un jour ?". Faute de condamnation pénale de son agresseur, il a fait une demande d’indemnisation financière au CIVI, fonds d’aide aux victimes. Il devra d’abord refaire un test psychologique. Mais ce qu’il attend avec le plus d’impatience, c’est la naissance de son enfant, annonciatrice d’une nouvelle vie.
Pédophilie : le voile se lève. Exprimez-vous dans notre forum
Propos recueillis par
Retour MYTF1
Chargement en cours...




