© INTERNE-Tf1.fr : Que pensez-vous de cette proposition du Parti socialiste qui vise à ce que le chef de l'Etat relève de la justice ordinaire pour des actes commis avant son entrée en fonction ou sans rapport avec son mandat ?
Jean Gicquel : Elle vise clairement à censurer la décision du Conseil constitutionnel du 22 janvier 1999 qui dit en substance que le Président est justiciable, mais que du fait de ses fonctions particulières, il bénéficie d'un privilège de juridiction. C'est-à-dire que tant qu'il est à l'Elysée, le chef de l'Etat ne peut être jugé que devant la Haute Cour de justice, que ce soit pour des faits commis avant ou pendant l'exercice de ses fonctions. Pour passer devant cette cour, il doit faire l'objet d'une mise en accusation par le Parlement. D'où cette proposition du PS de rendre l'initiative de cette procédure au droit commun. Dès lors, n'importe qui pourrait saisir une commission qui jouerait le même rôle de filtre des plaintes que la Haute Cour de justice.
Il faut arrêter toutes ces hypocrisies. On se sert une nouvelle fois du pouvoir constituant pour mener une action politique. |
-Tf1.fr : Cette proposition relève-t-elle, selon vous, plus d'une opportunité politique que d'une réelle volonté de réformer le statut du Président ?
Jean Gicquel : Cette proposition relève clairement de l'opportunité politique, et qui plus est d'un problème d'ordre interne au PS. Dans l'esprit des auteurs de ce texte, il y a la volonté de couper l'herbe sous le pied d'Arnaud Montebourg pour qu'aucune procédure ne puisse être engagée devant la Haute Cour de justice. En revanche, je ne pense pas que cela vise réellement à déstabiliser le Président : jamais une loi ne peut rétroagir. Elle ne sera pas applicable avant 2002, donc pas applicable à Chirac. Qui plus est, adoption de ce texte ou traduction devant la Haute Cour de justice, les deux voies sont encombrées par le Sénat.
Louis Favoreu : Ce texte vise avant tout à remettre en place Arnaud Montebourg. On se sert une nouvelle fois du pouvoir constituant pour mener une action politique. Cela a déjà été fait pour l'inversion du calendrier électoral. A l'étranger, la sanction de ce type de pratique aurait été sévère. Il est également très clair que ces opérations visent à mettre Jacques Chirac en difficulté voire à l'empêcher de se présenter aux présidentielles. Ce qui n'est pas digne. Ces coups politiques à court terme risquent de déstabiliser l'institution.
-Tf1.fr : Alors quelle solution proposez-vous ?
Le Chef de l'Etat a un statut spécial. Si on ne peut pas soustraire un homme politique à la justice, on ne peut pas non plus le livrer à la vindicte populaire. |
Louis Favoreu :
Selon moi, il n'y a pas de vide juridique. Nous bénéficions d'un système satisfaisant au regard de ce qui peut se faire à l'étranger. La proposition socialiste est démagogique. Elle révèle la crainte qu'ont les politiques de leurs électeurs. Qui plus est, ce texte reconnaît implicitement que le chef de l'Etat n'est pas un citoyen ordinaire puisqu'il propose que les plaintes soient filtrées par une commission composée de hauts magistrats.Propos recueillis
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