© INTERNELa visite de Bachar al-Assad à Paris fait décidément beaucoup de mécontents. Lundi, ce sont 6 000 personnes à Paris et 3 000 à Marseille, qui ont manifesté en scandant " Assad terroriste ". Mardi matin, des élus de droite (DL) ont protesté contre la visite du président syrien à l’Hôtel de Ville en brandissant des pancartes " Assad = antisémite ". Quelques instants plus tard, Philippe Séguin, président du plus important groupe d’opposition, le RPR, a qualifié ces manifestations d’ " initiatives irresponsables ".
" Nous nous sacrifierons pour toi, ô Bachar "
L’incident s’est produit juste après le discours du maire de Paris, Bertrand Delanoë, où celui-ci condamnait fermement devant son invité " le racisme, l’antisémitisme, l’exclusion et la négation de l’histoire ". Delanoë faisait ainsi allusion à des déclarations récentes de Bachar Al Assad qui ont suscité une vive émotion dans la communauté juive de France. Le président syrien avait entre autre soutenu que " le racisme des Israéliens avait surpassé le nazisme", un dérapage qu’il a ensuite imputé à une faute de traduction.
De fait, le maire de Paris a réservé le service minimum au chef de l’Etat syrien. Sous les dorures de la grande salle des fêtes, le maire de Paris a livré son discours devant un parterre déserté par la plupart de ses adjoints et des conseillers de Paris mais largement occupé par plus de 350 invités syriens. Des invités qui, après les incidents, ont scandé à haute voix " Par le cœur, par le sang, nous nous sacrifions pour toi, ô Bachar ". Du jamais vu à la Mairie de Paris.
13 000 à 17 000 morts sous la torture
Apparemment peu sensible à la polémique qu’il suscite, Bachar al-Assad s’en était déjà pris lundi à l’Etat hébreu, qu’il juge responsable de "l’effondrement" du processus de paix au Proche-Orient. Dans le même temps, le président Jacques Chirac rappelait le Lion de Damas à l’ordre : "La paix ne sera pas sans le respect mutuel de toutes les communautés et de toutes les confessions". Une allusion directe aux propos de Bachar al-Assad qui avait accusé en mai dernier les Juifs d’avoir trahi le Christ et le prophète Mahommet. Bachar Al-Assad a rétorqué que le Proche-Orient allait vers la guerre et estimé que la situation était pire qu'avant le processus de paix engagé il y a dix ans à Madrid.
Assad a poursuivi sa journée en compagnie de Lionel Jospin qui a voulu calmer les esprits en insistant sur "la nécessité de tolérance et de compréhension mutuelle" pour la recherche de la paix. Le Premier ministre a également souligné "l’intérêt de la France pour la situation des droits de l’Homme et les libertés publiques en Syrie". Une déclaration qui intervient le jour où le journaliste et opposant Nizar Nayyouf, récemment libéré après 9 ans de prison et de sévices, fait état dans une lettre ouverte à Jacques Chirac de "la mort de 13 000 à 17 000 morts sous la torture de détenus politiques syriens". Décidément, pour sa première visite en France, al-Assad n’est pas en odeur de sainteté.
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