© INTERNECette année, "il y a des excès qui sont désolants et regrettables". Eric Dulong, président du Conseil interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB) ne cache pas son mécontentement. Pour lui, la hausse continue du prix des vins de Bordeaux devient intolérable. "Surtout, ajoute-t-il, cela peut être source de soucis avec nos clients européens traditionnels".
Mercredi, comme s'ils s'étaient donné le mot, les premiers crus classés du Médoc, Château Latour, Château Margaux, Château Lafite Rothschild et Château Mouton Rothschild sont sortis sur le marché des primeurs à 1.400 F la bouteille hors taxe et départ château, pour un vin à payer comptant… mais qui ne sera livré que début 2003, la règle pour les achats en primeurs. Sans surprise, Château Haut Brion, premier cru classé de Pessac-Léognan (Graves), a aussitôt suivi au même prix.
"Tout le monde rêve d'avoir un jour une Rolls…"
Pour ces vins exceptionnels dont la demande dépasse largement l'offre, les professionnels sont prêts à accepter la hausse même si elle est exorbitante. "Il s'agit de crus très médiatisés et d'un millésime qualitatif et mythique, d'où le côté passionnel dans la vente des primeurs 2000", explique Max de Lestapis, président du Syndicat des courtiers. "Tout le monde rêve d'avoir un jour une fois une Rolls dans sa cave, mais le consommateur sait fort bien qu'il y a deux marchés, celui des grands crus et des autres vins de Bordeaux".
Mais avant la sortie des prix des premiers crus classés, les grands crus et crus bourgeois avaient déjà augmenté les prix de leurs primeurs de 30 à 50 %, une envolée rappelant celle de 1996-1997 et qui inquiète à nouveau les producteurs des petits vins, les Bordeaux et Bordeaux supérieur, dont certaines bouteilles ne se vendent pas plus que 15 F dans les grandes surfaces.
"Cette hausse est de la folie"
"Ce marché (qui représente 75 % de la production bordelaise) s'enlise et il s'effondre pour les vins blancs", a souligné mercredi Jean-Louis Roumage, président du Syndicat viticole des appellations Bordeaux et Bordeaux supérieur. "L'image haussière donnée par les grands crus est loin de la réalité quotidienne et il ne faut pas enfermer Bordeaux dans cette réputation de spéculation élitiste".
"Nous sommes cependant préoccupés par cette donne spéculative et cette hausse est de la folie, c'est une fusée qui va retomber", ajoute Francis Cruse, directeur de l'Union des Maisons de Bordeaux (ex-syndicat des négociants). La surproduction mondiale et la concurrence des vins étrangers, australiens, chiliens et autres néo-zélandais, produits à moindres coûts, représentent un danger pour la région de Bordeaux, qui est avec ses 117.000 hectares plantées et sa production de 7 millions d'hectolitres le plus grand vignoble de vins fins en France. Un sujet qui fera couler beaucoup de vin lors de Vinexpo, une manifestation sensée "redonner un souffle salutaire à l'économie viticole bordelaise", selon M. Roumage.
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