© INTERNERetrouvez l'intervention de Chirac en vidéo
"Un président de la République a droit comme tout le monde à une vie privée et a le droit qu'on respecte sa famille (...) Ma femme et ma fille ont été profondément meurtries et moi aussi j'ai été profondément blessé". "Je voudrais ajouter que lorsqu'on s'en prend à ma fille ou à ma femme, une limite a été franchie, c'est scandaleux". Comme on lui demande si c'est de la provocation, Jacques Chirac répond à plusieurs reprises et sur un ton de mise en garde : "C'est plutôt de l'inconscience". Cela était prévisible et attendu : une bonne partie de la traditionnelle intervention du 14 juillet du chef de l'Etat a été consacrée aux "affaires" et notamment à celle des voyages privés qu'il aurait effectué entre 1992 et 1995. Entre indignation et fermeté, meurtrissure et dureté, Jacques Chirac a fait une nouvelle fois la démonstration de son immense talent de persuasion et démontré qu'il n'était pas prêt à se laisser abattre, au contraire.
C'est une manipulation
Revenant sur les voyages incriminés, le Président a aussitôt dénoncé le dévoiement "par le soupçon, la rumeur, la manipulation, par la présomption de culpabilité érigée en système" de l'aspiration légitime des Français à la transparence démocratique. "Ce n'est pas innocent mais cela ne sert ni la démocratie ni les Français." Evoquant les sommes avancées, il s'est dit "stupéfait du chiffre exorbitant (2,4 MF, ndlr)" évoqué par la justice, ajoutant que cette somme, après vérifications, "a fait pschitt".
Sur le fond, mais sans aller une seule fois dans le détail, il a expliqué qu'il s'agissait selon lui "de voyages professionnels, de voyages privés mais aussi de voyages qu'(il) a offerts à (ses) collaborateurs pour les remercier du travail fourni". Mais il y avait aussi, affirme-t-il, "des voyages que ni moi ni ma famille ni aucun de mes amis" n'avaient fait, "des voyages faits par certains de mes collaborateurs qu'ils avaient eux-mêmes commandés et payés et que l'on m'imputait". Et il y avait encore "des voyages à des noms de gens dont je n'avais jamais entendu parler". Toutefois, il a affirmé que, comme sa fille, son épouse se rendrait à une éventuelle convocation de la justice "parce que c'est son devoir". Et que "ce n'est pas les juges qui sont en cause, c'est l'Etat, le gouvernement et le ministre de la justice".
Feu vert pour le gel des fonds secrets
Jacques Chirac s'est prononcé samedi pour le gel de "la masse énorme des fonds qui n'ont aucune affectation autre que celle que souhaite ou que décide le Premier ministre". Insistant à plusieurs reprises sur les sommes "considérables" dont dispose Matignon, Jacques Chirac a indiqué approuver "la proposition des trois présidents de groupes de l'opposition (RPR, UDF, DL) consistant à geler les fonds" spéciaux. "Ne caricaturons pas. Il ne s'agit pas de geler les fonds destinés aux services, il ne s'agit pas de geler (les fonds) destinés aux personnels, il ne s'agit pas de geler le fonctionnement même des institutions gouvernementales, il s'agit de geler la masse énorme des fonds qui eux n'ont aucune affectation autre que celle que souhaite ou que décide le Premier ministre. Pour éviter le soupçon, gelons-les et faisons en sorte que ne puissent être dépensés que des chèques et sous le contrôle d'une commission", a-t-il dit.
"Les juges n'ont pas de droit à contester la Constitution"
Alors que le procureur général de Paris s'est prononcé pour la possibilité de son audition contre l'avis de son supérieur hiérarchique, Jacques Chirac vide son sac. Devant le petit écran, il a mis en avant le fait que : "Quand les procureurs se disputent, quand le principe hiérarchique n'est plus respecté, alors il y a confusion". "Quand il y a confusion, il y a doute et quand le doute s'introduit au sujet du droit, c'est évidemment très mauvais", a-t-il dit.
Jacques Chirac a également jugé "misérable" le débat actuel sur le statut pénal du chef de l'Etat tout en se disant "tout disposé à proposer" une réforme "mais dans la sérénité", c'est-à-dire après les échéances de 2002. Juste avant, il avait expliqué que selon lui "les juges n'ont pas de droit à contester la Constitution", en soulignant que le président de la République n'était "pas un citoyen comme les autres". Et c'est à ce titre qu'il a rappelé qu'il ne se rendrait pas à une éventuelle convocation. Et de conclure : "La France a cette manie de mettre en cause sous n'importe quel prétexte ses institutions". "Si un jour nous voulons changer de Constitution, ce n'est pas aux juges, aux journalistes, aux policiers qu'on le demandera, c'est aux Français".
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