© AFPLa hache de guerre est définitivement déterrée. Deux jours après la prestation présidentielle du 14 juillet, l'équipe gouvernementale de Lionel Jospin a multiplié lundi les déclarations assassines à l'encontre de Jacques Chirac. La tactique des "assaillants" est simple : utiliser les propos du chef de l'Etat pour tenter de stigmatiser ses contradictions.
Sur le champ de bataille, François Hollande pointe en première ligne. Le patron des socialistes considère que le 14 juillet, Jacques Chirac a "livré une conception datée et personnelle de l'Etat, de la justice et de la politique". "M. Chirac a fait part de sa nostalgie face au temps révolu des instructions à la justice, des rappels à l'ordre de magistrats, voire de l'héliportage de procureur en cas de besoin (…) Une tradition politique caractérisée par des méthodes fondées sur l'exagération verbale, la déformation des faits et les coups bas", assène le premier secrétaire du PS dans le Monde daté de mardi.
"Un mélange d'outrance, d'exagération, de manipulation et de mensonge"
Interrogé sur les explications présidentielles relatives aux billets d'avions payés en liquide, il ironise sur l'effet "pschitt", affirmant que le chef de l'Etat avait plutôt imposé un "chut" sur les affaires. "Lionel Jospin peut être jugé sur ses actes et sur le respect des ses engagements. Qui peut en dire autant ?", ajoute François Hollande.
Preuve que l'on est subitement passé de la "cohabitation constructive" à une lutte sans merci : les membres du gouvernement n'ont pas hésité à dénoncer publiquement, lundi, l'attitude du chef de l'Etat. Le plus virulent ? Sans doute Jean Glavany, le ministre de l'Agriculture. "Tout le monde savait que Jacques Chirac avait un culot formidable, mais il a dépassé toutes les bornes et battu tous les records jamais atteints jusque là". Selon lui, il s'agit là d'un "mélange d'outrance, d'exagération, de manipulation et de mensonge qui faisait un cocktail assez ahurissant". "Quand il veut une réforme urgente des fonds secrets, mais pourquoi, si ce n'est parce que l'utilisation qu'il en aurait faite lui pose aujourd'hui problème. Il voudrait donc une réforme urgente pour usage personnel", a-t-il lancé.
"Une tolérance 2,4 millions pour lui-même"
Décidément, le conseil des ministres, mercredi, s'annonce très chaud. Surtout qu'un autre pilier du gouvernement, Laurent Fabius, y est allé de sa petite phrase, taxant Jacques Chirac d'électoralisme, en répondant publiquement pour la première fois aux critiques du chef de l'Etat sur sa politique économique. "Il ne faut pas confondre le 14 juillet avec un meeting électoral", a lâché le ministre de l'Economie et des Finances.
Autre sujet de controverse : la petite phrase du chef de l'Etat sur les questions de sécurité. "Le président a évoqué, à juste titre, en matière de lutte contre l'insécurité, le principe de la tolérance zéro. Il vaut aussi au plus haut sommet de l'Etat", considère M. Hollande. Une attaque jugée "indigne" par Henri Plagnol, député UDF du Val-de-Marne. "En dessous de la ceinture" pour François Fillon (RPR).
De son côté, le remuant député (PS) de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg, moque "le président de la République [qui] réclame la tolérance zéro pour les autres" alors qu'il "est plutôt dans une tolérance 2,4 millions pour lui-même", en référence au montant évoqué pour des voyages de Jacques Chirac entre 1992 et 1995.
A droite aussi
A neuf mois de l'élection présidentielle et alors que les candidatures se multiplient, Jacques Chirac doit compter avec les divisions au sein de son propre camp. Thierry Jean-Pierre, le député européen de DL, pointe "l'incohérence" du chef de l'Etat qui "prône la tolérance zéro pour les petits délinquants" mais "accepte qu'au plus haut niveau de l'Etat, on fraude le fisc". Allusion aux fonds secrets qui auraient permis à Jacques Chirac de régler en liquide ses différents voyages.
Enfin, tout en jugeant "excellent" le diagnostic présidentiel sur l'insécurité, Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'Elysée en 2002, estime que l'hôte de l'Elysée est "dans une certaine mesure responsable lui-même de l'abaissement de la fonction présidentielle". Les neuf mois qui viennent s'annoncent rudes.
(Photo AFP : Lionel Jospin et Jacques Chirac lors des cérémonies du 14 juillet 2001)
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