© AFPCurieux : la Cour des comptes contrôle des fonds d'origine privée. Mais qu'on se le dise, depuis une loi du 7 août 1991, les comptes des associations faisant appel à la générosité publique à une échelle nationale sont systématiquement passés au crible. Après l'ARC, l'AFM, MSF, La Ligue nationale contre le cancer et Sidaction, la Cour des comptes s'est penchée sur l'activité de Médecins du monde (MDM).
A l'issue d'un "travail de six mois à plein temps", la Cour a rendu mardi son rapport pour la période 1993-1996. Résultat ? MDM, qui est la seule association à s'être dotée d'un "comité des donateurs" exerçant un contrôle interne sur l'utilisation des fonds, "peut se prévaloir d'une vraie vie associative". Quelques années après le scandale de l'ARC, voilà qui est toujours bon à prendre.
Désaffection pour l'affectation
Dans ses recommandations, la Cour constate également quelques dysfonctionnements au sein de l'organisme. Elle relève notamment que MDM n'affecte pas systématiquement les dons envoyés par les donateurs individuels à la "cause" à laquelle ils ont répondu. "Aujourd'hui, lorsqu'une personne donne 100 francs à MDM pour une mission précise, elle pense légitimement que l'argent va à cette mission. Or, c'est rarement le cas dans la mesure où toutes les missions d'urgence sont quasi-exclusivement financées par des subventions, souvent issues de l'Union européenne. Les dons des particuliers sont donc affectés à d'autres opérations. La Cour recommande donc que cette pratique soit désormais "explicitée" au grand public.
"C'est vrai que ce n'est pas dit de manière explicite au grand public, reconnaît Roland Guenoun, le trésorier adjoint de MDM. Mais, dit-il, les donateurs sont immédiatement informés de la destination de leur argent". La Cour des comptes souhaite donc maintenant qu'il en soit ainsi dès l'appel à la générosité publique. "Pour la Cour, cela peut être gênant intellectuellement, mais matériellement et concrètement, notre principale mission s'effectue en direction des populations en détresse", se défend Roland Guenoun.
"Ils sont maintenant sur la bonne voie"
La Cour regrette également le manque de vigilance de l'association lors de ses missions à l'étranger, les plus fréquentes par rapport à son activité dans l'Hexagone. "Dans certaines missions à l'étranger, la comptabilité n'est pas claire et les dépenses sont dépourvues de pièces justificatives. "Mais depuis 1996, corrige-t-on aussitôt du côté de la rue Cambon, MDM a pris conscience de certaines lacunes comptables. Ils sont maintenant sur la bonne voie".
L'association, qui reprend l'argument à son compte, ne remet pas en cause les observations de la Cour. "C'est un rapport juste, bien fait et très précis" reconnaît Roland Guenoun. "C'est même très utile pour notre association : cela nous permet de voir des choses que l'on ne remarque pas dans le feu de l'action. Entre 1993 et 1996, on a mené 110 missions dans 50 pays. Cela rend les choses parfois compliquées…"
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