Le grand oral de Jacques Chirac

Par Philippe MATHON , le 14 juillet 2001 à 20h24 , mis à jour le 12 juillet 2001 à 20h29

Fragilisé par l'affaire des voyages privés payés en liquide, le chef de l'Etat a multiplié les consultations tout au long de la semaine afin d'organiser sa riposte. Suivez dès 13 heures en vidéo et en direct sur tf1.fr la traditionnelle intervention du 14 juillet du chef de l'Etat depuis l'Elysée.

chirac grand oral stylo © INTERNE

Suivez l'intervention de Chirac en direct à partir de 13 heures
 

Grandes manœuvres ou défilé de platitudes ? Difficile de deviner sous quels auspices ce 14 juillet sera placé. Confronté à l'une des plus graves crises de son septennat, Jacques Chirac devra trouver les mots justes samedi pour chasser les nuages qui s'amoncellent au-dessus de l'Elysée. Même si l'opinion publique semble rester à distance de l'affaire des billets d'avion (seuls 23% d'entre eux attendent que Jacques Chirac commente les affaires judiciaires où son nom est cité), le premier personnage de France ne peut plus rester muet suite au défilé, mardi et mercredi, de sa fille et de quatre autres proches devant les enquêteurs en charge de du dossier des marchés d'Ile-de-France.

Sur le pont

L'heure n'est plus au colmatage. Tout au long de la semaine, l'Elysée a préparé sa riposte. Selon certains, elle devrait être "musclée". Depuis plusieurs jours, déjà, les amis du Président ont déblayé le terrain en montant au créneau. Sur la forme, tout d'abord. Tantôt pour discréditer Jean-Pierre Dintilhac, le procureur de la République de Paris, premier haut magistrat à considérer que Jacques Chirac peut être entendu par la justice comme témoin assisté. Tantôt pour railler le travail de "harcèlement" des juges.

Mais les Chiraquiens se sont également aventurés sur le fond de l'affaire. "C'est une nouvelle affaire que l'on a essayé de monter et qui se dégonfle, comme les précédentes", considère Michèle Alliot-Marie, la présidente du RPR. Patrick Devedjian, conseiller politique du RPR et avocat de formation, prévoit déjà "l'illégalité" des auditions des proches du président, en faisant valoir que les juges chargés du dossier des marchés publics des lycées d'Ile-de-France s'étaient "auto-saisis" du dossier des billets d'avion. Une affirmation aujourd'hui sans fondement. Même le parquet général, pourtant opposé à une audition du chef de l'Etat, semble approuver le travail des juges.

Défense tous azimuts

Ainsi, la tactique élyséenne consiste à battre le fer pendant qu'il est encore chaud. Tuer dans l'œuf les éléments de l'enquête qui "fuitent" dans la presse. Les juges invoquent 2,4 millions de francs de voyages payés en liquide ? "Des sornettes", répondent les Chiraquiens qui parlent de "moins d'un million de francs". Les juges imaginent que l'argent utilisé pour payer les voyages pourrait provenir des pots-de-vin des marchés d'Ile-de-France ? Convoqué, le sénateur (RPR) Maurice Ulrich, conseiller du président depuis 25 ans, affirme providentiellement aux enquêteurs qu'il provient des "fonds spéciaux". De l'argent liquide dont l'usage est couvert par le secret défense.

Autre motif d'apaisement pour Jacques Chirac : certes, Claude, sa fille, a subi les affres de la convocation, mais pour l'heure, les juges n'ont pas programmé celle de Bernadette Chirac, son épouse. Mais samedi, Jacques Chirac ne pourra s'en tenir à une argumentation exclusivement juridique, à la dénonciation d'une opération politicienne ou au complot de certains médias. Il devra également reprendre l'avantage sur le terrain politique, en décochant quelques flèches au gouvernement confronté à une montée du sentiment d'insécurité et à la baisse de la croissance.

Par Philippe MATHON le 14 juillet 2001 à 20:24
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