Jospin tape sur les lieutenants de Chirac

Par Philippe MATHON , le 09 juillet 2001 à 21h27 , mis à jour le 09 juillet 2001 à 21h34

Invité lundi soir sur France 3 durant près de trente minutes, le Premier ministre s'est attaché à "vendre" le travail accompli par son gouvernement qui "a tenu la maison France". Muet sur les affaires qui gravitent autour de l'Elysée, il a fustigé "l'opération irresponsable de diversion" des députés de l'opposition qui réclament le gel des fonds spéciaux.

jospin france 3 © INTERNE

Les réactions de l'opposition

Fonds spéciaux : la droite charge Jospin

Du Jospin dans le texte. Une intervention courte, sobre. Sérieuse et calibrée.

Soucieux de montrer que, malgré l'imminence des échéances électorales de 2002, son gouvernement ne chôme pas, Lionel Jospin a décliné un à un les secteurs où les signaux sont (encore) au vert. Au final, une bonne vieille méthode Coué nécessaire pour rassurer le moral des Français, en baisse ces derniers temps. La croissance ? "Elle était de 3,4% en 2000, même avec 2,3 ou 2,5% de croissance en 2001, nous continuerons à créer de l'emploi et à réduire les déficits. Nos choix de réduction d'impôt sont intelligents : ils permettent le maintien d'une consommation soutenue", assure-t-il.

"Une opération de diversion cousue de fil blanc"

Mais comme prévu, les "affaires" autour du Président Chirac ont largement éclipsé les questions économiques et sociales. Pressé de prendre position sur les ennuis judiciaires de Jacques Chirac, le Premier ministre a préféré botter en touche : "Il y a des magistrats qui ont émis des avis différents aujourd'hui sur la possibilité d'entendre ou pas telle ou telle personnalité. C'est une question dont je ne me mêle pas, je n'ai pas à porter de jugement sur tel ou tel avis". Lionel Jospin a tout de même estimé "nécessaire" une réforme du statut pénal du chef de l'Etat "après 2002". "On le constate à travers l'actualité", a-t-il estimé.

En revanche, Lionel Jospin s'est montré plus dynamique lorsqu'il s'est agit de répondre aux ténors de l'opposition à l'Assemblée (Debré, Douste-Blazy et Mattei) qui avaient demandé le gel immédiat des fonds spéciaux. Une "opération de diversion cousue de fil blanc" émanant de "trois personnalités qui, selon lui, ne s'en étaient jamais préoccupé" auparavant.

"Le gouvernement accomplira sérieusement la réforme des fonds spéciaux"

Poursuivant sur le sujet, Lionel Jospin s'est drapé des habits du décideur responsable. "L'idée de geler les fonds sur lesquels fonctionnent nos services extérieurs et ceux de l'Exécutif est totalement irresponsable". "Il n'est pas question que je la mette en œuvre", a-t-il ajouté.

Fidèle à un vieux précepte mitterrandien consistant à donner du temps au temps, le Premier ministre se donne le temps de la réflexion. Certes, affirme-t-il, le système "manque de transparence". Mais pas question de légiférer dans la hâte et sembler ainsi accéder à la requête de ses adversaires politiques. "Le gouvernement, affirme-t-il, accomplira sérieusement la réforme" après avoir pris connaissance des propositions de la Cour des Comptes.

Un passé trotskiste qui passe mal

Face à cette brûlante question des fonds spéciaux, Lionel Jospin s'est évertué à apparaître blanc comme neige. A des années lumière du chef de l'Etat, faut-il comprendre dans le langage de Matignon. Primo, "Depuis quatre ans, il n'y a pas eu un franc qui ait été destiné à un financement politique ou à un financement de campagne quelconque". Une affirmation totalement invérifiable qui ne mange pas de pain. Secundo - et ce serait une première dans l'histoire de la Ve République où la tradition voudrait qu'un Premier ministre quittant Matignon parte dans le même temps avec une partie des fonds - , l'hôte de Matignon a formulé une promesse : "Tout ce qui sera en excédent sur les fonds spéciaux seront rendus au budget de l'Etat quand je quitterai Matignon".

Du pur Jospin, soucieux, trente minutes durant, de maintenir auprès des Français son image d'honnête homme. Pas question d'apparaître comme un politicien calculateur : Jospin a annoncé qu'il entendait rester à Matignon jusqu'à la "fin de (son) mandat". A propos des échéances électorales de 2002, le Premier ministre a jugé que "si la majorité sait garder son unité, tout en vivant sa diversité, les choses pouvaient se passer correctement".

Finalement, seule une question anodine sur son passé trotskiste le fera sortir de ses gongs. "C'est une histoire vieille de près de quarante ans", a-t-il d'abord lâché. Mais, titillé sur les raisons de cette "cachotterie", Lionel Jospin a lancé, pincé et mal à l'aise : "Bon, maintenant c'est terminé". Histoire de couper court à toute discussion. En 2002, il faudra pourtant répondre à toutes les questions. Même les plus gênantes.

Par Philippe MATHON le 09 juillet 2001 à 21:27
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